‹ Œuvres complètesChapitre 21 sur 91 · A EDMOND THOMAS · texte numérisé non relu

A EDMOND THOMAS

Mon ami, vous m'avez, quoiqu'encore si jeune, Vu déjà bien divers, mais ondoyant jamais ! Direct et bref, oui : tels les Juin suivent les Mais, Ou comme un affamé de la veille déjeune.

Homme de primesaut et d'excès, je le suis. D'aventure et d'erreur, allons, je le concède, Soit, bien, mais illogique ou mol ou lâche ou tiède En quoi que ce soit, le dire, je ne le puis,

Je ne le dois ! Et ce serait le plus impie Péché contre le Saint-Esprit que rien n'expie, Pour ma foi que l'amour éclaire de son feu,

Et pour mon cœur d'or pur le mensonge suprême, Puisqu'il n'est de justice, après l'église et Dieu, Que celle qu'on se fait, à confesse, soi-même.

A CHARLES MORIGE

Impérial, royal, sacerdotal, comme une République Française en ce Quatre-vingt-treize, Brûlant empereur, roi, prêtre dans sa fournaise, Avec la danse, autour, de la grande Commune ;

L'étudiant et sa guitare et sa fortune

A travers les décors d'une Espagne mauvaise

Mais blanche de pieds nains et noire d'yeux de braise.

Héroïque au soleil et folle sous la lune ;

Néoptolème, âme charmante et chaste tête. Dont je serais en même temps le Philoctète Au cœur ulcéré plus encor que sa blessure.

Et, pour un conseil froid et bon parfois, l'Ulysse;

Artiste pur, poète où la gloire s'assure ;

Cher aux femmes, cher aux lettres, Charles Morice !

A MAURICE DU PLEYSSYS

Je vous prends à témoin entre tous mes amis, Vous qui m'avez connu dès l'extrême infortune, Que je fus digne d'elle, à Dieu seul tout soumis, Sans criard désespoir ni jactance importune,

Simple dans mon mépris pour des revanches viles Et dans l'immense effort en détournant leurs coups, Calme à travers ces sortes de guerres civiles Oiila Faim et l'Honneur eurent leurs tours jaloux,

Et, n'est-ce pas, bon juge, et fier! mon du Plessys, Qu'en l'amer combat que la gloire revendique L'Honneur a triomphé de sorte magnifique ?

Aimez-moi donc, aimez quels que soient les soucis Plissant parfois mon front et crispant mon sourire, Ma haute pauvreté plus chère qu'un empire.

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