‹ Œuvres complètesChapitre 34 sur 91 · SUR LE BALCON · texte numérisé non relu

SUR LE BALCON

Toutes deux regardaient s'enfuir les hirondelles : L'une pâle aux cheveux de jais, et l'autre blonde Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde Vaguement serpentaient, nuages, autour d'elles.

Et toutes deux, avec des langueurs d'asphodèles, Tandis qu'au ciel montait la lune molle et ronde, Savouraient à longs traits l'émotion profonde Du soir et le bonheur triste des cœurs fidèles.

Telles, leurâ bras pressant, moites, leurs tailles souples, Couple étrange qui prend pitié des autres couples, Telles, sur le balcon, rêvaient les jeunes femmes.

Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,

Emphatique comme un trône de mélodrame

Et plein d'odeurs, le Lit, défait, s'ouvrait dans l'ombre.

ENSIONNAIRES

L'une avait quinze ans, Tautre en avait seize ; Toutes deux dormaient dans la mCme chambre C'était par un soir très lourd de septembre : Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraises.

Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise, La fine chemise au frais parfum d'ambre. La plus jeune étend les bras et se cambre, Et sa sœur, les mains sur ses seins, la baise.

Puis tombe à genoux, puis devient farouche

Et tumultueuse et folle et sa bouche

Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises;

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense Sur ses doigts mignons des valses promises, Et, rose, sourit avec innocence.

Page 1