FINAL
Tai fait ces vers qu'un bien indigne pécheur^ 0 bien indigne, après tant de grâces données, Lâchement, salement, froidement piétinées Par mes pieds de pécheur, de vil et laid pécheur.
J'ai fait ces vers. Seigneur, à votre gloire encory A votre gloire douce encor qui me tente Toujours, en attendant la formidable attente Ou de votre courroux ou de ta gloire encore,
Jésus, qui pus absoudre et bénir mon péché. Mon péché monstrueux, mon crime bien plutôt 1 Je me rementerais de votre amour, plutôt. Que de mon effrayant et vil et laid péché.
Jésus qui sus bénir ma folle indignité. Bénir, souffrir, mourir pour moi, ta créature^ Et dès avant le temps, choisis dans la nature. Créateur, moi, ceci, pourri d'indignité I
LITUR0IB8 INTIMES 395
Aunsit Jésus! avec un immense remords Et plein de tels sanglots! à cause de mes fautes Je viens et je reviens à toi, crampes aux côtes, Les pieds pleins de cloques et les usages morts,
Les usages? Du cœur, de la téta, de tout Mon être on dirait cloué de paralysie Navrant en même temps ma pauvre poésie Qui ne s'exhale plus, mais qui reste debout
Comme frappée, ainsi le troupeau par l'orage. Berger en tête, et si fidèle nonobstant Mon cœur est là. Seigneur, qui t'adore d'autant Que tu m'aimes encore ainsi parmi l'orage.
Mon cœur est un troupeau dissipé par l'autan Mais qui se réunit quand le vrai Berger siffle Et que le bon vieux chien, Sergent ou Remords, gifle D'une dent suffisante et dure assez l'engeance.
Affreuse que je suis, troupeau qui m'en allai Vers une monstrueuse et solitaire voie.
0, me voici, Seigneur, ô votre sainte joie! Votre pacage simple en les prés où, j'allai
Naguère, et le lin pur qu'il faut et qu'il fallut. Et la contrition, hélas! si nécessaire.
Et si vous voulez bien accepter ma misère, La voici! faites-la, telle, hélas! qu'il fallut.
Tu fus une grande amoureuse A ta façon, la seule bonne Puisqu'elle est tienne et que personne Plus que toi ne fut malheureuse Après la crise de bonheur Que lu portas avec honneur,
Oui, tu fus comme une héroïna, Et maintenant tu vis, statue Toujours belle sur la ruine D'un espoir qui se perpétue En dépit du Sort évident, Mais tu persistes cependant.
Pour cela, je t'aime et t'admire Encore mieux que je ne l'aime Peut-être, et ce m'est un suprôrao Orgueil d'être meilleur ou pire Que celui qui fil tout le mal.
D'être à tes pieds tremblant, féal.
400 ODES EN SON HONNEUIl
\]se de moi, je suis ta chose;
Mon amour va, ton humble esclave,
Prêt à tout ce que lui propose
Ta volonté, dure ou suave,
Prompt à jouir, prompt à souffrir,
Prompt vers tout hormis pour mourir!
Mourir dans mon corps et mon âme, Je le veux si c'est ton caprice.
Quand il faudra que je périsse Tout entier, fais un signe, femme, Mais que mon amour dût cesser?
Il ne peut s'éterniser.
Jette un regard de complaisance, 0 femme forte, ô sainte, ô reine, Sur ma fatale insuffisance Sans doute à te faire sereine :
Toujours triste du temps fané.
Du moins, souris au vieux damné.
Laisse dire la calomnie
Qui ment, dément, nie et renie
Et la médisance bien pire
Qui ne donne que pour reprendre
Et n'emprunte que pour revendre...
Ah 1 laisse faire, laisse dire !
Faire et dire lâches et sottes,
Faux gens de bien, feintes mascottes.
Langue d'aspic et de vipère;
Ils font des gestes hypocrites.
Ils clament, forts de leurs mérites,
Un mal de toi qui m'exaspère,
Moi qui t'estime et te vénère Au-dessus de tout sur la terre.
T'estime et vénère, ma belle, De l'amour fou que je le voue, Toi, bonne et sans par trop de inoùe, M'admeltant au lit, ma fidèle I
Mais toi, méprise ces menées, Plus haute que tes destinées, Grand cœur, glorieuse martyre.
Plane au-dessus de tes rancunes Contre ces d'aucuns et d'aucunes; Bah! laisse faire et laisse dire!
Bah! fais ce que tu veux, ma belle Et bonne, — fidèle, infidèle, — Comme tu fis toute ta vie.
Mais toujours, partout, belle et bonne.
Et ne craignant rien de personne, Quoi qu'en aient la haine et l'envie.
Et puis tu m'as, si tu m'accordes Un peu de ces miséricordes Qui siéient envers un birbe honnête.
Tu m'as, chère, pour te défendre.
Te plaire, si tu veux m'entendre Et voir, encore que laid et bête.
L'écartement des bras m'est cher, presque plus cher
Que l'écartement autre :
Mer puissante et que belle et que bonne de chair,
Quel appât est la vôtre!
O seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur,
Purs, blancs, joie et caresse, Volupté pour mes yeux et mes mains et mon cœur
Qui bat de votre ivresse,
Aisselles, fins cheveux courts qu'ondoie un parfum
Capiteux où je plonge, Cou gras comme le miel, ambré comme lui, qu'un
Dieu fit bien mieux qu'en songe.
Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveurs
Autour de mes épaules, Palpitantes et si doux d'étreinte à mes ferveurs
Toutes à leurs grands rôles,
Que je ne sais quoi pleure en moi, peine et plaisir.
Plaisir fou, chaste peine, Et que je ne puis mieux assouvir le désir
De quoi mon âme est pleine
Qu'en des baisers plus langoureux et plus ardents
Sur le glorieux buste Non sans un sentiment comme un peu triste dans
L'extase comme auguste 1
Et maintenant vers l'ombre blanche — et noire un peu,
L'amour il peut détendre Plus par en bas et plus intime son fier jeu
Dès lors naïf et tendre l
La sainte, ta patronne, est surtout vénérée Dans nos pays du Nord et toute la contrée Dont je suis à demi, la Lorraine et l'Ardenne. Elle fut courageuse et douce et mourut vierge Et martyre. Or il faut lui brûler un beau cierge En ce jour de ta fête et de quelque fredaine De plus, peut-être, en son honneur, ô ma païenne I
Tu n'es pas vierge, hélas! mais encore martyre Non pour Dieu, mais qui te plut. (Qu'ont-ils à rire?) A cause de ton cœur saignant resté sublime. Courageuse, tu l'es, pauvre chère adorée, Pour supporter tant de douleur démesurée Avec cette fierté qui pare une victime. Avec tout ce pardon joyeux et longanime.
Et douce? Ah oui! malgré ton allure si vive Et si forte et rude parfois. Douce et naïve Comme ta voix d'enfant aux notes paysannes.
Douce au pauvre et naïve envers tous et que bonne Sous un dehors souvent brutal qui vous étonne, Vous, les gens, mais dont j'ai vite su les arcanes 1 Douce et bonne et naïve, âme exquise qui planes
Au-dessus de tout préjugé bête ou féroce, Au-dessus de l'hypocrisie ejt du cant rosse Et du jargon menteur et de l'argot fétide Dans la région pure où la haine s'ignore, Où la rancune expire, où l'amour pur arbore Sur la blancheur des cieux sa bannière candide. 0 résignation infiniment splendide.
En ce jour de ta fête et malgré nos frivoles Préoccupations moins coupables que folles De baisers redoublés pour le cas, et l'antienne Plus gentille encor qu'excessive des mots lestes, Recueillons-nous pourtant, pensons aux fins célestes Afin qu'après ma mort ou, las ! après la tienne, Le survivant pour l'absent prie, ô ma chrétienne 1
« Quand je cause avec toi paisiblement, Ce m*est vraiment charmant, tu causes si paisiblement !
Quand je dispute et te fais des reproches, Tu disputes, c'est drôle, et me fais aussi des reproches.
S'il m'arrive, hélas ! d'un peu te tromper, 0 misère ! tu cours la ville afin de me tromper.
Et si je suis depuis des temps fidèle, Tu me restes, durant juste tous ces temps-là, fidèle.
Suis-je heureux, tu te montres plus heureuse Encore, et je suis plus heureux, d'enfin! te voir heureuse.
Pleuré-je, tu pleures à mon côté.
Suis-je pressant, tu viens bien gentiment de mon côté.
v}uand je me ptlme, lors tu te pâmes. Et je me pâme plus de sentir qu'aussi tu te pâmes.
Ah ! dis quand je mourrai, mourras-tu, toi ? » Elle : « Comme je t'aimais mieux, je mourrai plus que toi. »
... Et je me réveillai de ce colloque Hélas ! C'était un rêve (un rêve ou bien quoi?) ce colloque.
Hais après les merveilles Qui n'ont pas de pareilles De l'épaule et du sein, Faut sur un autre mode Dresser une belle ode Au glorieux bassin.
Faut célébrer la blanche Souplesse de la hanche Et sa mate largeur, Dire le ventre opime Et sa courbe sublime Vers le sexe mangeur
Que chastement, encore Que joliment, décore Et défend juste assez L'ombre qui sied aux choses Divines, peu moroses Rideaux drûment tressés.
Teutatès adorable, Saturne plus aimable, Anthropophage cher Qui veut aux sacrifices Non le sang des génisses Mais le lait de ma chair.
Nous chanterons ensuite L'aine blonde et sa fuite Ambrée au sein du Saint...
Mais déposons la lyre.
Livrons-nous au délire Raisonnable et succinct?
Non ! fou, braque, orgiaque.
En apache, en canaque Ivre de tafia :
Nous ne sommes pas l'homme Pour la docte Sodome Quand la Femme il y a.
Fifl s'est réveillé. Dès l'aube tu m'as dit
Bonjour en deux baisers, et le pauvre petit
Pépia, puis remit sa tête sous son aile
Et lut pour le moment sa génie ritournelle.
Ici je te rendis pour les tiens un baiser
Multiforme, ubiquiste et qui fut se poser
De la plante des pieds au bout des cheveux sombres
Avec des stations aux lieux d'éclairs et d'ombres,
Un jeu (car tu riais) ridiculement doux,
Çt, brusque, entre les tiens je poussai mes genoux,
Tôt redressé sur eux et, penché vers ta bouche, Fus brutal sans que tu te montrasses farouche, Car tu remerciais dans un regard mouillé C'est alors que Fifi, tout à fait réveillé,
Le mignon compagnon! comparable aux bons drilles ûue le bonheur d'autrui ne fait pas envieux, Salua mon triomphe en des salves de trille^s Que tout soi^^etit cœur semblait lancer aux cieux.
Il sautillait, fîérot, comme un gars qui se cambre, Acclamant un vainqueur justement renommé, Et l'aurore éclatant aux carreaux de la chambre Attestait sans mentir que nous avions aimé.
Cuisses grosses mais fuselées.
Tendres et fermes par dessous, Dessus d'un dur qui serait doux, Musculeuses et potelées,
Cuisses si bonnes tant baisées Devers leur naissance et par là.
Blanches plus que rose-thé, la Meilleure part de mes pensées,
Genoux, petites têtes d'anges Bouffis dans leur juste maigreur, Mollets bondis qui font fureur En des bas clairs craignant les fanges.
Pieds dressés pour te hausser jusque
A ma taille pour t'embrasser,
Moi, t'enlever et te placer
Sur le lit, pieds très beaux que busqué
La cheville de mol ivoire Et que parfume leur fraîcheur ; Doigts délicats, frêle rougeur Doucement fauve au talon, voire
Assez forte peau pour la marche.
Mais quoi! faut-il pas au cher corps Base solide et soutiens forts, Au cher corps qui garde mon Arche,
L'arche de crainte et de blandices Où j'entre, tous torts révolus, Comme on monterait au ciel. Pieds Divins, genoux fins, bonnes cuisses!
Tu fus souvent cruelle, Même injuste parfois, Mais que fait, ô ma belle, Puisqu'en toi seule crois
Et puisque suis ta chose.
Que tu me trompes avec Pierre, Louis, et cœtera punctum, Je sais, mais, là ! n'en ai que faire : Ne suis que l'humble factotum
De ton humeur gaie ou morose.
S'il arrive que tu me battes, Soufflettes, égratignes, tu Es le maître dans nos pénates, Et moi le cocu, le battu,
Suis content et vois tout en rose.
Et puis dame j'opine Qu'à me voir ainsi si Tien, finiras, divine Par m'aimoter ainsi
Qu'on s'attache à sa chose.
Et maintenant, aux Fesses I Je veux que tu confesses, Muse, ces miens trésors Pour quels — et tu t'y fies — Je donnerais cent vies Et, riche, tous mes ors Avec un tas d'encors.
Mais avant la cantate Que mes âme et prostate Et mon sang en arrêt Vont dire à la louange De son cher Cul que l'ange., 0 déchu! saluerait, Puis il l'adorerait,
Posons de lentes lèvres Sur les délices mièvres lU 27
Du dessous des genoux, Souple papier de Chine, Fins tendons, ligne fine Des veines sans nul pouls Sensible, il est si doux 1
Et maintenant, aux Fesses I Déesses de déesses, Chair de chair, beau de beau.
Seul beau qui nous pénètre Avec les seins, peut-être.
D'émoi toujours nouveau, Pulpe dive, aime peau !
Elles sont presques ovales, Presque rondes. Opales, Ambres, roses (très peu) S'y fondent, s'y confondent En blanc mat que répondent Les noirs, roses par jeu, De la raie au milieu.
Déesses de déesses!
Du repos en liesses, De la calme gaîté, De malines fossettes Ainsi que des risettes,
00B9 BN SON UONNBUR 419
Quelque perversité Dans que de majesté... 1
Et quand Theure est sonnée
D'unir ma destinée
A Son Destin fôté,
Je puis aller sans crainte
Et bien tenter l'étreinte
Devers l'autre côté :
Leur concours m'est prêté.
Je me dresse et je presse Et l'une et l'autre fesse Dans mes heureuses mains.
Toute leur ardeur donne, Leur vigueur est la bonne Pour aider aux hymens Des soirs aux lendemains...
Ce sont les reins ensuite, Amples, nerveux qu'invito L'amour aux seuls élans Ou'il faille dans ce mondei^ C'est le dos gras et monde, Satin tiède, éclairs blancs.
Ondulements troublants.
Et c'est enfin la nuque Qu'il faudrait être eunuque Pour n'avoir de frissons, La nuque damnatrice, Folle dominatrice Aux frisons polissons Que nous reconnaissons.
0 nuque proxénète, Vaguement déshonnête Et chaste vaguement, Frisons, joli symbole Des voiles de l'Idole De ce temple charmant, Frisons chers doublement I
Riche ventre qui n'a jamais porté,
Seins opulents qui n'ont pas allaité,
Bras frais et gras, purs de tout soin servile.
Beau cou qui n'a plié que sous le poids De lents baisers à tous les chers endroits, Menton où la paresse se profile,
Bouche éclatante et rouge d'où jamais Rien n'est sorti que propos que j'aimais, Oiseux et gais — et quel nid de délices !
Nez retroussé quêtant les seuls parfums
De la santé robuste, yeux plus que bruns
Et moins que noirs, indulgemment complices.
Front peu penseur mais pour cela bien mieux, Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux, Jusques aux reins lourdement se hasarde,
^"îroupe superbe éprise de loisir
Sauf aux travaux du suprême plaisir,
Aux gais combats dont c'est l'arrière-garde,
Jambes enfin, vaillantes seulement Dans le plaisant déduit au bon moment Serrant mon buste et ballant vers la nue,
Puis, au repos, — cuisses, genoux, mollet, — Fleurant comme ambre et blanches comme lait — Tel le pastel d'après ma femme nue.
Mais Sa tôle, Sa tête !
Folle, unique tempôte D'injustice indignée, De mensonge en furie, Visions de tuerie Et de vengeance ignée.
Puis exquise bonace, Du soleil plein l'espace.
Colombe sur l'abîme, Toute bonne pensée Caressée et bercée Pour un réveil sublime.
Force de la nature Magnifiquement dure Et si douce, Sa tête.
Adoré phénomène 0 de ma Philomène La tête, seule fêtel
Et voyez quelle est bell
Cette tête rebelle
A la littérature
Comme à l'art de la brosse
Et du ciseau féroce,
Voyez, race futui'e 1
Car je veux dire aux Anges Ce plus cher des visages, Cheveux noirs comme Tombi Où passerait une onde Pure, froide, profonde, Sous un ciel bas et sombre,
Petit front d'Immortelle Plissé dans la querelle, Nez mignard qu'ironise Un bout clair qui s'envole, Bouche d'où Sa parole Part, précise et consise
Mais sorcière sans cesse, Qui blesse et qui caressa Mon ûme obéissante, Soumise, adulatrice, 0 voix dominatrice, 0 voix toute-puissante...!
0DK8 BN SON HONNEUR iZj
Et 6 sur cetlo bouche Plus Apro que farouche, Plus faroucljo que tendre, Plus tendre qu'ordinaire.
Prince au fond débonnaire, Le Baiser semble attendre,
Et tout cela qu'éclaire Le regard circulaire De deux yeux de braise, Bruns avec de la flamme, Sournois avec de l'àme Et du cœur, n'en déplaise
A nos jaloux, ma reine,
Ma noble souveraine
Qui me lient danstes geôles,
0 tête belle et bonne
Et mauvaise — et couronne
Du trône, tes Épaules,
Nos repas sont charmants encore que modestes, Grâce à ton art profond d'accommoder les restes Du rôti d'hier ou de ce récent pot-au-feu En hachis et ragoûts comme on n'en trouve pas chez Dieu.
Le vin n'a pas ce nom, car à quoi sert la gloire?
Et puisqu'il est tiré, ne faut-il pas le boire ?
Pour le pain, comme on n'en a pas toujours mangé,
Qu'il nous semble excellent me semble un fait archijugé.
Le légume est pour presque rien, et le fromage : Nous en usons en rois dont ce serait l'usage. Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal, Pourvu qu'il y en ait dans ce festin vraiment frugal.
Mais le triomphe, au moins pour moi, c'est la salade : Comme elle en prend ! sans jamais se sentir malade, Plus forte en cela que défunt Tragaldabas, Et j'en bâfre de cœur tant elle est belle en ces ébats,
ODBS IN SON BONNEUH 497
Et le caré, qui pour ma port fort m'indiffère, Ce qu'elle Taime, mes bons amis, quelle affaire ! Je m'en amuse et j'en jouis pour elle, vrai I Et puis je sais si bien que la nuit j'en profiterai.
Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvre
Et ses yeux allumés encor d'un brin de fièvre
Par la goutte de rhum bue en trinquant gaîment
Avec moi, présage gentil d'un choc bien plus charmant.
Nous sommes bien faits l'un pour l'autre;
Pourtant quand tu me rencontreras
Menant mes derniers embarras
D'homme grave et de bon apôtre, \Ruine encore de chrétien, \Philosophe déjà païen,
Lourd de doctrine et de scrupule, (Le tout un peu décomposé) Mais au fond très bien disposé Pour la popine et la crapule.
En un mot, sot entre les sots De cette sorte de puceaux,
T'eus quelque mal à la conquête, — Et par ce mot que j'ai voulu J'entends ton triomphe absolu, — Sinon de mon cœur, de ma tête; Je ne parle pas de mon corps Vaincu dès les primes abords.
Mais comme nous sympathisûmes Dès nos esprits mis en rapport Et dès lors quel parfait accord Entre ces luronnes, nos dmea, Ces luronnes et nos lurons D'esprits tout carrés et tout ronds!
Toi simple encor, que compliquée, Et moi naïf aux cents replis, Notre expérience des lits Et noire ignorance marquée En fait de sentiment subtil, Tout ce nous rendait que gentil
L'un à l'autre ! en dépit, par crises, De colères bien vite au trot.
D'humeurs noires, roses bientôt, Et, mon Dieu, d'un tas de sottises Qu'on réparait, pour r'apaiser Madame et Monsieur, d'un baiser 1
C'est de persévérer, petite I C'est, chère, de continuer, Quittes à parfois nous tuer Pour nous ressusciter ensuite.
C'est de rester à deux, vraiment.
Bon cœur et mauvais garnement.
Quand tu me racontes les frasques De ta chienne de vie aussi, Mes pleurs tombent gros, lourds, ainsi Que des fontaines dans des vasques, Et mes longs soupirs condolents Se mêlent à tes récits lents.
Tu me dis tes amours premières :
Fille des champs avec des gars, Puis fille en ville aux fols écarts Et les trahisons coutumières Et mutuelles sans remord Des deux parts et comme d'accord.
Tout d'un coup un caprice vite Mûri, par l'us, en passion Sauvage, tel l'humble scion Grandissant en palme subite
ODKS BN SON iiONNBDR 431
Qu'agiterait dans quchpie vert Paysage un vent du désert.
Fidèle, toi, l'autre, infidèle.
Toi douloureuse, Idche, enfin Furieuse, soûle du vin Du vice, essorant d'un coup d'aile Ton cœur comme un aigle blessé, Mais sans pouvoir fuir le passé...
Je t'écoute, et ma pitié toute.
Toute mon admiration, Une indicible afTection, Sinon celle d'un pur amour Te vont de moi par quelle route Qui souffrirait, chère, à son tour,
Qui souffrira, j'en ai la crainte.
Qui souffre déjà, tu le sais, Toi parfois mauvaise à l'excès.
Charmante aussi comme une sainte Envers ce moi, bon vieil amant, Le dernier, hein, probablement?
Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie, Et même je t'en aime et t'en admire mieux. 11 montre ton grand cœur et la gloire inflétrie D'un amour tendre et fort autant qu'impétueux.
Car tu n'eus peur ni de la mort ni de la vie, Et, jusqu'à cet automne fler répercuté Vers les jours orageux de ta prime beauté, Ton beau sanglot, honneur sublime, t'a suivie.
Ton beau sanglot que ton beau rire condolait Comme un frère plus mâle, et ces deux bons génies T'ont sacrée à mes yeux de vertus infinies Dont mon amour à moi, tout fier, se prévalait
Et se targue pour t'adorer au sens mystique : Consolations, vœux, respects, en même temps Qu'humbles caresses et qu'hommages ex-votants De ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque
ODES EN SON IIONNEUA t.T7
OÙ tant de passions comme en un Panthéon, Rancœurs, pardons, fureurs et la sainte luxure Tinrent leur culte, respectant la forme pure Et le galbe puissant profanés par Phaon.
Pense à Phaon pour Toublier dans mon étreinte Plus douce et plus fidèle, amant d*après-midi, D'extrême après-midi, mais non pas attiédi Que me voici, tout plein d'extases et de crainte.
Va, je t'aime... mieux que l'autre : il faut l'oublier, Toi, souris-moi du moins entre deux confidences, Amazone blessée es belles imprudences Qui se réveille au sein d'un vieux brave écuyer.
« Tu m'ostinesl » — « Et je t'emmène A la campagne. » Ainsi parlaient Deux amoureux dont s'éperlaient Plus d'un encor propos amène.
Je crains fort que ces amoureux N'aient été nous l'autre semaine Nous répondant, Tyrcis, Climène, Hélas 1 en mots trop savoureux.
Mais puisqu'il en est temps encore, Puisqu'il en est encore temps, Ne soyons donc plus mécontents, Au contraire, et que s'édulcore
Notre courroux, pourtant grondant Un petit peu, mais pour la forme, En un orage horrible, énorme, De gros baisers se répondant.
ODBl IN SON UONNEUR 435
0 ma duro et bonne compagne, Asset, dis, de malentendus, Et si tu veux — car je le dus — Or, je t'emmène à la campagne.
0 toi triomphante sur deux « Rivales » (pour dire en haut style). Tu fus ironique, — elles... feues — Et n'employas d'effort subtil Que .juste assez pour que tu fus — Ses encor mieux, grâce à cet us
Qu'as de me plaire sans complaire Plus qu'il ne faut à mes caprices.
Or je te viens jouer un air Tout parfumé d'ambre et d'iris, Bien qu'ayant en horreur tripli^e Tout parfum hostile ou complice,
Sauf la seule odeur de toi, frais Et chaud effluve, vent de mer Et vent, sous le soleil, de prées Non sans quelque saveur amère Pour saler et poivrer ainsi Qu'il est urgent, mon cœur transi.
0DK8 IN SON BONNBU> 437
Mon cœur, mnis non pas ma bravoure En fait d'amour 1 Tu ressuscite- Rais un défunt, le bandant pour Le déduit dont Vénus dit : SitI Oui, mon cœur encore ilpantèle Du combat court, mais de peur telle 1
Peur de te perdre si le sort Des armes eût trahi tes coups.
Peur encor de toi, peur encore De tant de boudes et de moues.
Quant aux deux autres, 6 là làl Guère n'y pensais, t'étais là.
Iris, ambre, ainsi j'annonçai
— Ma mémoire est bonne — ces vers
A ta victoire fière et gaie
Sur tes rivales somnifères.
Mais que n'ont-ils le don si cher,
Si pur? Fleurer comme ta chair!
Ils me disent que tu me trompes.
D'abord, qu'est-ce que ça leur fait?
Chère frivole, que tu rompes Un serment que tu n'as pas fait?
Ils me disent que t'es méchante Envers moi, — moi, qui suis si boni Toi méchante ! Qu'un autre chante Ce refrain très loin d'être bon
Méchante, toi qui toujours m'offres Un sourire amusant toujours, Toi, ma reine, qui de tes coffres Me puise des trésors toujours.
Ils me disent et croient bien dire, 0 toi que tu ne m'aimes pas?
Que m'importe, j'ai ton sourire, Et puis tu ne m'aimerais pas?
ODES t:i SON UONNKUB 439
Tu no m*aimcs? Et la grdce
Et la Torce de ta beauté.
Tu me les donnes, gronde et grasse
Et voluptueuse beauté.
Tu ne m'aimes pas? Et quand même Ce serait vrai, qu'est-ce que fait?
M Si tu ne m'aimes pas, je t'aime. »
— Mais tu m'aimes, dis, par le fait.
Pri^rb do MATm 3
Ecrit en 1875 8
Uncontb 12
bournbmouth 16
Thbrb • 19
Un CRUCIFIX 21
Balladb 23
Sur rm rbliquairb qu'on lui avait dérobé 23
A MaDAUB X... EN LUI ENVOTART UNE PENSiB 28
Un veuf PARLE 30
Il PARLE ENCORE 32
Ballade 35
Adieu 37
Ballade en l'honneur db Louise Michel 39
A Louis II DE Bavière 41
Pausifal 42
Saint Graal. 43
Gais et contents 45
A Fernand Langlois 47
Délicatesse 49
Angélus de midi 50
A Léon Valade 53
A Ernest Delahaye 54
A Emile Blémont 55
A Charles de Sivry 56
A Emmanuel Charrier 57
A Edmond Thomas 58
A Charles Morice 59
A Maurice du Plessys CO
A PROPOS d'un « centenaire » DE Cai.iiihon 61
A ViTCOR Hugo 03
Saint Benoît-Joseph Labre G4
Paraboles 03
Sonnet héroïque 06
Drapeau vrai 67
Pensée du soir 68
Paysages 70
Lucien Létinois 73
Bationolles 120
A Georges Verlaine 121