XLIV. DE LA NAISSANCE DE JESUS EN BETHLÉEM
Jmpleti sunt dies ut parcret. {Luc. n, 6.) Le jour et l'heure étant arrivés que la nature accomplit en ses fonctions, sans aucun accident ou impuissance, le temps député aux parfaits enfantements; le Fils de l'homme a voulu naître de sa Mère au monde, comme il était né de sa Mère en sa Mère le 25 mars, ne voulant ni retarder ce jour heureux à l'univers, ni avancer et abréger par voie miraculeuse son assujettissement;aux lois de la nature, lesquelles il n'avait pris que par dignation et miséricorde ; il n'em- {)loie point sa puissance miraculeuse à s'exempter de ce qu'il est venu chercher et subir pour nous ; mais bien à nous affranchir du péché et à nous exempter de ses misères.
Mais comme le Fils de Dieu a été conçu par des voies supérieures à la nature , il est aussi enfanté par des causes et des mouvements dignes de sa conception et dignes de la naissance d'un Dieu au monde; il est né sans effort, sans violence, sans outrage à la nature: 5me contumelia naturœ, disent nos docteurs. 11 est né par une puissance d'esprit et de l'Espritde Dieu en laV^ierge: Quod in ea natuniest, deSpiritu sanctoest. [Matth. I, 20.) 11 vient l'ennoblir, la purifier, la sanctifier par son avènement : il ne l'intéresse pas , il ne la viole pas , il ne l'outrage pas , il ne la salit pas. Les pécheurs naissent avec ces douleurs et ces outrages, car ce sont des pécheurs, enfants d'ire et de douleurs ; mais celui-ci est le Fils de Dieu , le souverain de la nature, le juste par excellence et notre juste, et notre souverain : Dominus justus noster. (/er. xxiii, 6. ) Cette naissance double de Jésus en la Vierge et hors la Vierge est la plus grande opération et le fondement de toutes les plus grandes opérations qui seront en la terre et au ciel. Le Père éternel y intervient et élève la Vierge pour la rendre capable d'enfanter son Fils. C'est le jour de la plus grande puissance de la Vierge , jour auquel elle participe au ])Ouvoir du Père, envoyant et donnant son Fiis au monde, etc.