‹ Œuvres complètesChapitre 313 sur 540 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

A UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES

// lui demande une relique de la B. sœur Marie de ^Incarnation, pour une personne malade. Il lui parle des devoirs d'une prieure.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'ai reçu vos lettres ; el encore que je ne vous aie poinl fait de réponse, je vous prie croire que je n'ai pas mis voire âme en oubli. Je sais vos peines et vos besoins, el je dois et désire y servir selon Dieu. J'ai toujours la pensée do vous aller voir bientôt, mais je ne puis encore vous prescrire le temps ; ce sera le plus tôt qu'il plaira à Dieu m'en donner la puissance. Mais nonobstant qu'il y ait deux mois que je sois arrivé, je n'ai pu encore voir les religieuses du monastère de l'Incarnation que depuis peu de jours, et demiquart d'heure seulement , pour être encore occupé dans le reste de l'affaire pour laquelle j'ai fait le voyage que vous savez. J'ai été fort sollicité de faire appliquer à uno malade de considération , malade de corps et d'esprit , el dès longtemps, une relique que vous avez. Je vous envoie les lettres qu'on m'en écrit , que vous me renverrez s'il vous plaît. C'est une personne qui avait grande part avec feu sœur Marie de l'Jncarnalion , et qui est digne de compassion en son affliction pour beaucoup de sujet. Si vous avez ce qu'on demande , je vous prie de me l'envoyer bien cacheté el bien empaqueté par une personne expresse, et qui ne sache ce cju'elle porte , el qui ait charge de me le mettre entre les mainsj, ou du P. Gibieuf en mon absence; el j'aurai soin qu'elle soit conservée en son entier, et qu'elle soit appliquée à la ODalade par moi ou par autrui, en sorte qu'il n'en puisse arriver faute, s'il plaît à Dieu. Puisqu'il lui a plu vous mettre en la condition en laquelle vous êtes, honorez-y l'autorité de Jésus- Christ Notre Seigneur el de sa Irès-sainle Mère sur les âmes , car elles sont une petit©

ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAC DE BERULLE

portion et (ié|iendance de l'empire du Fils de Dieu et de la Vierge. Le Père éternel a donné h son Fils unique pouvoir sur toutes les nations, et le Fils l'a donné à sa sainte Wère. RevGvez ce pouvoir du Fils et de la Mère de Dieu, et désirez qu'il soit employé et exercé, et sur vous, et sur les Ames qui vous seront commises. Je supplie Notre- Seigneur Jésus et sa très -sainte Mère de vous en faire la grâce. Je suis en eux. De Paris, ce 11 avril 1625.

LETTRE XLL

. A LA. MÊME PaiEURE.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'envoie le Père N. porteur de la présente à Dieppe ; je l'ai prié, allant et revenant, de vous voir, et même vous faire un petit mot d'exhortation, si vous le voulez, par même mo,yen. Je l'ai chargé de vous satisfaire sur le désir de Mlle de N. Je ne mets pas votre âme en oubli; j'en connais les besoins, et il y faut beaucoup d'humilité, d'abnégation et de dépendatice des secrètes conduites de Dieu sur nous. Si Dieu vous donne liberté , et que vous le jugiez h propos, vous pouvez conférer avec ce bon Père de vos besoins. 11 est fort vertueux et fort intérieur; et vous pouvez me mander i)ar lui ass\irément ce qu'il vous plaira. Je supplie Notre-Seigneur Jésus et sa très -sainte Mère, de nous bénir tous en ce temps de grâce particulière, c'està-dire en ce temps de la naissance de Jésus, et de ia maternité divine de sa très-sainte Mère. C'est le temps do Jésus et de Marie ; c'est le temps de leurs faveurs sur lésâmes qui leur appartiennent , et je désire que vous soyez pour jamais de ce nombre. Je vous offre à eux par le pouvoir qu'il leur plaît me donner sur votre âme, et je l'emploie à cet effet. Je les supplie nous rendre tous dignes de les servir en la perfection qu'ils désirent de nous. Je suis en eux.

De Paris, ce 22 décembre 1625.

LETTRE XLIL

A ITNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMÉLITES

De la dévotion à la nativité de Jésus.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Les âmes sont à Jésus et non à elles-mêmes, et ne doivent opérer que pour lui et par lui. Demandezlui souvent la conduite de son esprit en ses œuvres, et opérez les œuvi'cs de Jésus par l'esprit de Jésus et non par le vôtre, et recourez à sa très-sainte- Mère, à ce qu'elle vous obtienne l'esfirit de son Fils et daigne encore vous donner quelque [lart en elle et en la grâce du mystère de la sainte naissance de Jésus. Mystère de Jésus et de Marie tout ensemble ; mystère de naissance et de vie; mystère de vie soull'rantc et mourante : car en icelui, Jésus prend vie pour mourir, au lieu qu'en sa naissance divine et éternelle, il reçoit vie pour vivre d'une vie inipaisilole et immortelle. Mystère donc qui

vous doit toutes lier au Fils de Dieu et h 1.^ Mère de Dieu tout ensemble. Mystère qui vous doit donner entrée en une nouvelle vie, et vous doit être comme principe et source d'un nouvel être. Mystère encore qui vous doit induire à une vie vraiment vivante et vraiment mourante ; vie mourante à vous-même et vivante en Jésus. C'est ce que je vous souhaite à toutes, et ce que je voudrais être digne de vous obtenir, et ce que je vous prie obtenir pour moi-même. Recommandez à Jésus et à Marie l'atfaire que vous poursuivez, à ce qu'ils en disposent selon leurs volontés , car nous devons et désirons en tout plus être à eux que d'être, et même nous ne devons être que pour être à eux, en qui je suis.

LETTRE XLlIf.

A UNE PRIEIRE DES RELIGIEUSES C4RMÉIITES.

Sa grar„de charité à supporter et faire supporter une âme j)cnihle, qui avait quelque liaison au monastère. Son humilité en parlant de ses besoins,

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais I-'obligation que nous avons à monsieur N. et son mérite particulier, me fait vous écrire la présente, pour vous prier de continuer votre charité, patience et bénignité envers N. sa (iile. Je n'ignore pas la condition de son esprit, el sa persévérance trop grande en ses premières j)ensécs, et la croix que vous portez en ce sujet : mais celui qui s'est mis en croix pour notre salut mérite bien que vous en portiez une plus grande, et que vous honoriez par cette sorte de croix celle que le même Fils de Dieu a portée encore en la conversation qu'il a eue sur la terre avec plusieurs personnes, esprits et disciples qui se rendaient peu capables de son es[)ril et de sa grâce. Et toutefois il no les a pas bannis de son école, il les a supportés jusqu'à ce qu'ils se soient séparés eux-mêmes; et à l'un d'entre eux , il n'a pas refusé le baiser de paix , en l'acte môme de sa séparation dernière et éternelle. C'est une patience , douceur et conduite admirable de la sapience incréée et incarnée, que nous ne pouvons assez admirer, adorer et imiter, et laquelle je vous prie honorer par vos pensées particulières, et par votre conduite envers cette personne, pour le changement de laquelle je vous prie faire faire quelques jirières particulières à la très-sainte Vierge. Je vous prie aussi de ne pas oublier nos besoins devant Jésus-Christ Notre-Seigneur et sa très-sainte Mère : ils augmentent au lieu de diminuer; et je dois recourir aux âmes auxquelles il a plu à Dieu de donner quelque charité pour moi. Vous êtes de ce nombre, et je recherche l'assistance de vos prières, que je vous demande pour l'amour de Jésus et de sa très-sainte Mère. Je suis en eux.

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