LETTRE LU
A UNE PRIEURE DES RELIGIEUSES CARMELITES
Il y a plusieurs peines et difficultés qui ont plus besoin d'humilité et de patience que de la communication d'autrui. Dévotion à sainte Madeleine.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'ai reçu vos lettres et considéré ce que vous me mandez. Si j'avais autant de liberté que de volonté de faire le voyage que vous désirez, je l'aurais bienUM^ accompli; mais il m'est bien
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•ŒUVRES comple:tes du
uianile-ste que Dieu ne le demande pas de moi, et ne le jiernu't pas. Depuis que je suis arrivé à Paris, je n'ai parlé encore à pas une des religieuses du grand couvent, ni même du |)etit, qui est le plus proche de notre demeure, hormis une fois en tout à la mère Madeleine sur une occurrence nécessaire, et il faut que j'emprunte la main d'autrui pour vous faire ce peu de lignes. Je supplie Notre-Seigneur (qui ne me donne pas la grâce de servir à votre âme et à votre maison par ma présence), de suppléer à mon défaut par autre voie. Beaucoup d'humilité intérieure, de patience, de dé()endance de Dieu, et d*abnégalion de vous-même et des choses créées, serviront beaucoup plus aux besoins que vous me représentez, que non pas beaucoup de discours et de communications avec autrui. Honorez la sainte que l'Eglise honore en ce temps (152), qui a été trente ans sans connaissance et communication de personne; honorant si parfaitement dans cette privation la vie humble et vojagère du Fils de Dieu sur la terre. Ne laissez pas écouler ce saint temps sans rendre quelque hommage particulier à cette sainte, h son amour envers Jésus, à sa fidélité à le suivre jusqu'à la croix, jusqu'au tombeau, à sa retraite et solitude. Car ne trouvant plus Jésus-Christ au monde, elle ne veut plus vivre au monde, et se relire dans ce désert, pour ne converser plus qu'avec lui, et ne penser qu'à lui. Oh! quel excèsl ohl quelle vielohl quelle conférence 1 oh ! quel amour de iMadeleine vers Jésus en ce désert I J.e ciel vous le fera voir un jour, et la terre n'est pas digne de le connaître. En attendant prions Dieu (jue par sa grâce il no.is rende dignes d'honorer ce que nous ne sommes pas dignes de connaître en la misère et la bassesse de la terre. Si vous jugez pouvoir et devoir nous mander quelque chose de vos doutes, j'essayerai de les considérer devant Dieu, et de vous y î"éj)ondre selon le peu de temps qu'il lui plaira me donner. Le mal d'yeux qui me travaille, m'empêche d'écrire à celui que vous me mandez, car il n'est pas à propos de lui écrire d'une main empruntée. S'il est convenable de lui faire celte excuse, je le laisse à votre prudence.
LETTRE LIIL
A UNE PKIEURE DES RELIGIEUSES CARMELITES.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. 11 y a longtemps que je ne vous ai écrit, mais je vous prie do croire que ce n'est pas faute de charité envers votre âme qui m'est aussi présente qu'elle fut jamais, ni faute aussi de désirer do recevoir de vos lettres, qui me seront très-agréables quand il plaira à Dieu vous en donner la pensée. J'ai diverses fois désiré de faire voyage en vos quartiers, pour satisfaire à mes devoirs envers vos âaies, et à mes dévotions envers sainte Madeleine : mais celte j-'iande sainte n'a [)as daigné exaucer
CAUDLNAL DE DERULLE. *i:i
mes désirs. Priez-la })Our moi comme je la prie pour vous, et si vos prières me peuvent obtenir la liberté de visiter son ermitage, et prendre part à sa pénitence et à son an>our envers Jésus, je me tiendrai bien particulièrement obligé à votre charité. Je désire que ce saint teuips (153) auquel je vous écris ce mot, nous renouvelle tous en la grâce, en l'amour, en l'appartenance de Jésus et de Marie, puisque c'est le temps de la vie nouvelle et mutuelle de Jésus et de Marie ensemble ; et que par leur puissance et leur esprit, nous soyons tous faits une même chose en Jésus et en la Vierge. Je leur demande celte bénédiction pour vous et pour vos âmes , et je vous prie de joindre à ce même effet vos prières et celles de toutes les sœurs. Je prie Dieu qu'il vous bénisse toutes en son Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur, et en sa très-sainte Mère. Je suis en eux.
Ce G décembre 1626.