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A VSK UKI.IGIEtSK CAnMÉI.ITB
Pour lui (Itiiiiipr lumière en une voie inldricnrc , ptMiilili' , oliscurc Pl peu connut;, à !:ii|iu>!l<- il plaisait à Uifu l'cxeiffr.
I, Il rriiKtn/iie en crtlr âme deux opr'rdfinus fort ililJ'éreuirs, l'une divine, l'autre tnaligne : celle-ci cmirrunt et comhattunt cellelà. -- II. Cette voie honore les ri</ueurs du Père éternel sur .son Fils, cl odore par son tUat l' litre suprfine et increV. in des
f oints de la vie intérieure est de suivre opération de Dieu dans nos dînes. -^ III. Cet être incréé a des r/ualités apparemment contraires. Il est présent et distant : il est délicieux et riijoureux ; |7 est désirable cl insupportable. Lorsf/u'il s'npplit/ue à sa créature, sans se proportionner à elle, il lui est insupportable. Dieu tient les siens, en les rejrianl; il les unit, en les séparant, etc. lin celle voie, la foi et la vérité combattent, nonle sens corporel, mais le sens spirituel. — I\'. Vision du buisson ardent expliquée et appliquée ii ce sujet. La loi commence dans les épines du buisson, et la ijrâre commence dans les épines et se consume en la croix. — \ . NI. \ II. Conduite de Jésus vers la Chananée, de rigueur et de faveur tout ensemble.
1. La grâce (ie Jésus-Christ Nolre-Seignenr soit avec vous pour jamais. J'ai reçu vos lellres et je n'ignore pas vos besoins, je ne les oublie [>as devant Dieu; moins ils sont connus plus j'y dois |)enser, et vous faire entendre que vous portez deux sortes d'extrémités très-grandes, très-profondes et très-secrètes : les unes opérées par l'esprit de Dieu sur votre esprit, les autres opérées par l'esprit malin, qui veut couvrir à votre âme la première opération de Dieu; e(, s'il peut, la mêler et confondre avec la sienne. L'une et l'autre opération a ses rigueurs et ses extrémités ; et cela trompe et trouble aisément ceux qui ne sont pas versés et expérimentés en matière semblable; car ils prennent la main de Dieu, pour la main du diable, et s'estia-ent |tortcr un enfer en la terre. C'est chose bien ditlérente ; cette sorte de voie a Dieu pour son princifie, a notre sanctilication pour sa lin, et a l'opération divine, pour exercice et occupation de notre âme. Si Satan y est joint, ce n'est pas par un droit nouveau qu'il ait acquis sur nous en Vertu de nos fautes ; c'est (lar l'expresse ordonnance de Dieu, qui sait Lien lier ainsi deux esprits contraires ; et jiar des voies si difficiles, pré()arer le salut et la perfection de ses élus.
H. A la vérité c'est une voie de rigueur que Dieu exerce sur vous; mais c'est une voiede grâce et d'amour, et non de justice et de châtiment comme vous[)ensez. C'est une voie sainte et sanctifiante votre âme, c'est une voie honorante les rigueurs du Père éternel sur son Fils unique, Jésus-Cbrist Notre-Seigneur, c'est une voie adorante l'être souverain de Dieu ; et cette voie adore chose si grande et sainte, non par acte, mais
OtlVRES CO^PL. DE UK liÉRULLB.
ALX KELIGIEI:SKS CAU.MKLITES.
oar état, qui est une manière bien plus solide (!t plus profonde, plus imf)ortante et plus divinr'. Bénissez Dieu en cette voie. Dieu est esprit, et veut être adoré en esprit et vérité. [Joan. iv, 2V.) Kl ii ne lui sullil pas d'être arloré [tar les actions de notre esprit vers lui, il veut lui-même se glorifier en nous; et son esprit veut opérer .sur nos esprit^, choses dign?s de sa puissance qI mnjeslé, et nous devons éire exposés h son vouloir et opération sainte. Un des soins de saint François, te rare et divin contemplatif et patriarche de tant de grands contemplatifs, e>t irwxliorter les siens en s.i règle et ailleurs, à la suite de l'opération sainte de Dieu en leurs âmes. Or une des opérations de Uieu, est de faire que notre âme adore la majesté divine, non-seulement par ses propres pensées et alTections ; mais aussi par l'opération de son esfirit divin, qui agit dans notre esprit, et lui fait porter et sentir la puissîijice et souveraineté de son être sur tout ètVe créé, par l'expérience de sa grandeur a|tpliquée à notre petitesse et de notre petitesse incapable de porter sa grandeur; car elle e.st inlinie, et inliniment distante et disproportionnée au regard de tout être créé.
m. Cet Kue divin, adorable en toutes ses qualités, a des qualités apparemment contraires. Il est infiniment présent et infiniment distant, il est infiniment élevé et infiniment appliqué à l'être créé, il e>l infiniment délicieux et infiniment rigoureux, il esl infiniment désirable et iiitlniraent insupportable. Ft quand il lui plaît de s'appliquer à sa créature, sans se projjortionner à sa créature; il ne peut être supporté de l'être créé qui se sent englouti, accablé, ruiné par celte puissance infinie, etcomnje infiniment dominante sur un être si peiit et si soumis à sa puissance; mais cet accablement sera converti un jour en soulagement, et celte ruine sera la réparation de l'Ame ; et il nous faut attendre celte heure en ftatience, en silence et en souffrance. Et il nous faut abandonner à celui à qui nous sommes, et dans lequel nous sommes, et sans lequel nous ne pouvons être un moment. Comme ii vous semble qu'il vous ruine, il vous semble aussi qu'il vous rejeté; mais il nous tient à soi en nous rejet ant, il nous unit à soi en nous séparant, il ntius soutient en nous confondant, il nous vivifie en nous anéantissant, et il se donne à nous en nous privant de nous-même.*;, et eu nous privant, ce nous semble, de soi-même. C'est le propre de cette voie, en laquelle la foi et la vérité combat, non le sens corporel comme ailleurs, mais le sens spirituel même de l'âme ; car vous sentez vraiment ce que vous dites, et toutefois ce que je vous mande est véritable. Ne vous éloiinez pas donc en se^ effets, abaissez-vous et adhérez à Dieu caché en ces peines et rigueurs, comme il était jadis caché dans le buisson ardent, s'il ne se fût découvert à Moi;^.
IV. Je ne veux pas couler en un mot ce trait de V Exode; il mérite d'être étendu et expliqué. Ce déserl , ce buisson, cette
Ad
Oeuvres complètes du cardinal de berulle.
flamme, ce grand Dieu présent, mais caché en ce Imisson ardent, me Qgure cette voie dont je vous parle; car elle est un buisson plein d'épines par ses rigueurs, mais un bnisson ardent par l'amour que Dieu a sur J'âme qu'il exerce dans cette voie, et par l'amour pur et parfait que l'âme rend à Dieu on ses rigueurs. Celte lïamme ne consomme point ces épines, et ces épines conservent et entretiennent cette llamme; c'est ce qui étonne Moïse, et c'est ce qui vous étonne aussi. Mais approchons de ce buisson comme Mo'ise; estimons grande cette vision comme lui : voyons que c'est une vision de désert; voyons que c'est la première que Moïse a reçue pour le préparer à choses grandes; voyons que c'est l'entrée de la voie de Dieu sur- son peu))le. Remarque digne de considération particulière et qui nous oblige à ne trouver pas étrange, si dans les flammes et les épines est l'entrée de la voie de Dieu sur lésâmes; et si Dieu, toujours semblable à lui-même, opère chose semblable dans la loi et dans la grâce, c'est-à-dire dans la loi donnée par Moïse, et dans la grâce donnée et imprimée par Jésus-Christ. Dans les épines, il commence la loi; dans les éj)ines, il commence la grâce, et il la consomme dans la croix. Ainsi, la croix et les épines sont choses propres et non pas étrangères à la grâce et amour de Jésus. Ne croyez pas que ce soient des paroles que je vous mande pour vous consoler, ce sont des vérités pour vous instruire; ce sont des vérités fondées en celui qui est la voie, la vie et la vérité même; ce sont des vérités, lesquelles, f)ar la miséricorde de Dieu, me sont bien manifestes. Si je l'osais, je dirais volontiers à Dieu, ô que n'ai-je part à ces voies, à ces rigueu.'-s et à ces souti'rances! mais je n'en suis pas digne, et ce m'est trop de grâce de les connaître et de servir aux âmes qui les portent : je dois donc m'oublier et me souveinr d'un bien meilleur sujet que je veux vous représenter.
\. Il me semble que la Chananée, en i'Evangile(Ma/f/i. xv), est un exemplaire de cette voie dont je vous parle. Jésus sort hors de Judée, son séjour ordinaire et ordonné même par le Père éternel, pour donner lieu à la Chananée d'avoir recours à lui : et il sort de la douceur de sa grâce et de sa conduite ordinaire, pour pré[)arer 5 l'âme cette sorte de voie extraordinaire. Jésus est caché dans ces confins de Tyr et de Sidon, ce dit le texte exprès : Neiinnem voiuit scire. {Marc, vu, 24.) Kt aussi Jésus est caché en cette voie, et Jellement caché que vous ne l'y jtouvez connaître. La Chananée, jiressée de douleur, Irouvant Jésus où il n'a point accoutumé d'être, et où. il ne veut être connu, s'adresse à lui; et lui qui cherche les pécheurs et affligés, ne daigne pas la regarder, ne veut [)as l'écouter; et il vous semble que Jésus ne vous écoute pas et est sans piété vers vous. Elle persévère à s'adresser à Jésus, et Jésus îa re()ousse même avec rigueur et injure; et il vous semble que Jésu-i vous sé[)are de
lui et ne vous veut plus supporter. Mais ne voyez-vous pas que Jésus, en repoussant la Chananée, il la tient : comme en se cai.-hant d'elle, il l'avait attirée à lui! Si nous avions des yeux pour voir la conduite secrète de Jésus sur cette âme, nous verrions que la puissance de Jésus était plus forte à l'attirer, que son secret à se cacher au regard d'elle : nous verrions que la main de Jésus, en la repoussant, la tenait beaucoup plus fortement à lui qu'il ne la repoussait de lui ; et il le manifeste en s'écriant : 0 mulier, magna est fîdes tua! [Matlh. xv, 28.) Car Jésus est celui qui imi)rimait en elle cette foi louée de Jésus; cette foi, dis-je, vive; cett& loi grande; cette foi constante dans ses rejettements, et cette foi humble dans les rigueurs de Jésus envers elle.
VI. Adorons Jésus en ses voies sur la terre; adorons-le en ses voies douces et rigoureuses! adorons-le en ses voies rigoureuses sur la Chananée! Mais en ces rigueurs reconnaissons une voie grande et divine, une voie forte et sainte, une voie favorable et même digne de l'admiration de Jésus. El en ce procédé divin, voyons comme un rayon des choses qui se passent dans les voies rigoureuses de Jésus sur les âmes. Oifrez-vous à Jésus; donnez-vous à son esprit; abandonnez-vous à ses voies; et, dans vos peines, ne soyez point en peine, soyez en paix, car vous êtes à Dieu ; et oubliez ces rigueurs et vous-même, pour être toute à lui; demeurez en votre croix et en vos obscurités ; mais, du profond de ces ténèbres, adorez, aimez et invoquez celui qui habile une lumière inaccessible et qui est l'être de votre être, la vie de votre vie, l'esprit de voire es])rit. il est votre force, et vous ne sentez que faiblesse; il est votre sainteté, et vous ne voyez que misères, et il sera un jour votre gloire. Bénissez-le à jamais. Je le bénis pour vous, et le supplie de vous faire voir de temps en temps la vérité des choses qui s'e passent en vous.
VII. Je vous prie, dans vos travaux, d'en embrasser un nouveau que je vous impose au nom de Dieu et en l'honneur de son Fils unique, Jésus-Christ Notre-Seigneur, et do sa très-sainte Mère ; c'est de prendre charge et direction de la maison; c'est le désir des sœurs; c'est ma pensée aussi; c'est le vouloir de Jésus et de Marie : c'est assez dire? à votre âme. Comme ils vous aident insensiblement à porter la croix intérieure, ils vous aideront aussi à porter cetle croix exte^rieure. Puisque Jésus a embrassé la croix, il ne la nous faut pas refuser. Jésus portait sa croix intérieure en la vue de son Père et de ses anges, et il a pris encore la croix extérieure que Pilate et les Juifs lui ont imposée. A son exemple, il nous faut accepte! la croix que Dieu nous impose, et celle encore qui nous est imposée par ses créatures, spécialement par celles qui ont pouvoir de Dieu sur nous. Je vous l'uupose en son nom et de sa part, et je le sup[»lie de vous donner
LFTTIIKS. —I. AUX RF.LIGIKI.SF.S CARMELITKS
Jo suis en lui cl en
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50I1 e:<pril ri <;,i f^rticc sa trés-sain)»" .M«'r«',
Voire plus humfilr rC affectionné à vous svrvir selon Dieu,
l'iicnni-: de I{^:m lie, Prêtre de l'Oratoire de Je a us.
De Paris, ce 2V mai, tC23.
LETTUE LXXII.
A INE RELIGIEUSE CAHMKLITK.
// lui nisciqne comme elle doit accepter len pensées de morti/ur Dieu lui donnait, et lui propose quelques dispositions sur ce sujet.
Ln grAco do Jésus-Christ Nolro-Seign?ur 5oil avec vous pdur jamais. J'ai reçu les leitrcs que vous m'avez envoyées co matin. Je ne suis pas digne de connaître le conseil ilfl Dieu sur vous, mais nonoljslanl celle mienne ignorance, je ne dois f)as laisser de voiis doiuier avis. Pour réponse donc, jo vous prie de recevoir en humiliié les pensées de mort qui vous sont données, et lier votre esprit, et vous ofFiir h ii.elle par hommage h l'Etre incréé et éternel, par accefttation de ranéanlissemeiit de la vie humaine par Id mort, par assujettissement à la justice divine qui l'a ordonnée au pécheur; [)ar adoration de Jésus mourant en croix pour notre salut et perfection, et [»ar désir iJ'être avec lui en sa glo re. h laquelle la mort nous est un [)assage. Désirez de mourir en souffrance et par souiïrance, en l'honneur du Fils <le Dieu mourant par cette voie, et faites tel usage de celte pensée de mort qu'il plaira au Saini-Espril vous inspirer. J'otTre votre otne à Jésus et à Marie pour cet etfet, et suis en eux.
LETTRE LXXIll.
A UNE RELIGIEUSE CARMÉLITE
Pour la diriger en sa voie et la retirer de la vue de son état, pour ne voir que Jésus hur ntilié et anéanti.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur wil avec vous pour jamais. Je serais bien aise de savoir quelque chose de votre état, si Notre-.Seigneur et la Vierge le veulent. En attendant rendez hommage à la captivité de Jésus, en sa très-sainte Mère. Soyez humble et fidèle dedans les voies de Dieu sur vous, et honorez l'extrême anéantissement du Verbe éternel dedans ses voies, c'est-à-dire dedans les moyens qu'il a tenus pour rechercher et opérer notre salut. O (juel anéantissement de Dieu incarné, de Dieu enfant, de Dieu souH'rantl ô (luellc's voies, mais aussi voies d'un Dieu et d'un Dieu opérant le salut et la perfection do sa créature, et de sa créaUire [lauvre, misera ble et dénuée de t'tut bien, fors que de la capacité <Je ses miséricordes, et de ses mi- .séncordes éternelles! {Jue peut faire, que fieul soulTrir et que peut porter la créature digne ti'hrmorer ses voies et les exliémités «•i singularités de ses voies, de son Dieu pour elle et vers elle? Perdez-vous et vous
anéantissez en ces pensées; cl en perdant la vue de voire étal, ne voyez que l'état auquel se réduit notre Dieu pour notre amour. Otpici honneur a rendu la très-^aiiite Vierge a CCS pensées, à ces sujets si dignes d'un honneur divin et infini ! Ifonorez ces honneurs qu'elle y a rendus, il la priez qu'elle» nous dispose à l'honneiir de son Fils cl d'elle, selon leurs conseils et miséricordes éternelles sur nous. Jésus et Marie soient avec vous pour jauiais.