LETTRE LXXXVI
A L'NE RELIGIEUSE CARMÉLITE
Il l'exhorte aux dévotions du sacré temps de VAvent.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soient avec vous pour jamais. Le temps auquel nous allons entrer me convie à vous dire que Jésus et Marie doivent être le principal objet de l'âme intérieure et dévote, et ce sont les objets de l'Avent. Premièrement donc, adorez le sacré conseil de la très-sainte Trinité, sur l'incarnation du Verbe; 2° admirez la vie et dépendance que l'âme de Jésus tire de ce sacré conseil, fondement de l'état admirable auquel elle est entrée par l'union hypostatique ; 3" adorez et aimez Jésus en la vie nouvelle de sa divinité en l'humanité, et de son humanité en la divinité; 4° adorez la vie humble, divine, puissante, mais cachée de Jésus en Marie, durant les neuf mois qu'il est enclos en ses entrailles sacrées ; 5° révérez la vie de .Marie en Jésus, car elle est entrée en un nouvel état et en une nouvelle vie, par le sacré mystère de l'Incarnation accompli en elle. Pensez à ces divins objets, liez votre âme à Jésus et Marie d'une liaison spéciale durant ce saint temps de l'Avent, et priez-les pour l'ordre et pour la congrégation, et pour nos nécessités particulières. Et en l'honneur de la retraite de Jésus en Marie, célébrée par ce saint temps de l'Avent, pratiquez quelque retraite particulière si votre santé le permet. Jésus et sa très-sainte Mère soient avec vous pour jamais.
LETTRE LXXXVIL
A LA PRIÈRE DES RELIGIEUSES CARMELITES DE N
S^ sage et charitable conduite, au regard de to vocation des dynes à [a religion; et pa-
reillement de icinjilui de ceux de toretoire.
La grâce de Jésus-Christ Noire-Seigneur soit avec vous pour jamais. J'approuve vos pensées sur la novice dont vous m'écrivez, et je suis d'avis que vous en fassiez votre rapjiort aux SŒMirs, selon votre prudence et avec ellicace, leur déclarant ce que vous connaissez par décharge de votre conscience, et les laissant se résoudre avec Dieu, el leur enseignant les voies nn'clles doivent tenir, jtour se rendre capables du la conduite de l'esprit de Dieu, en une alfairesi importante comme la vocation d'une âme et l'étal de sa vie.
Puisque l'âme est dévote 5 la très-sainte Vierge, [troposez aux sœurs quelques exercices de piété, pour se disposer à obtenir son assistance dans l'élection qu'elles doivent faire., do l'admettre, ou de la priver de la grâce de la vie religieuse. Je supplie Notre- Seigneur Jésus-Chrisl et sa très-sainte Mère de disposer i»ar ces voies votre communauté à ce qui est de leur conseil sur celte âme. Je vous prie de continuer votre charité envers le P. N., il semble n'être pas si éloigné de sa charge qu'auparavant; je serais bien aise que Dieu le disftosât à la retenir encore, mais je désire le contenter. Je vous prie voir selon Dieu, et me mander ce qui en est.
LETTRE LXXXVIIL
A UNE RELIGIEUSE CARMELITE, INFIRMIÈRE
La manière de bien exercer cet office.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Je loue Dieu, de ce qu'il lui a plu vous donner le sujet d'entrer en la pratique des vertus qu'il désire de vous en l'exercice de l'intirmerie. C'est un exercice auquel il faut beaucoup d'humilité et charité, beaucoup de silence et patience, parlant peu et opérant beaucoup, et donnant sujet tacitement aux malades, de rentrer en Dieu, lorsqu'ils en sont diverli.s par le mal, non par paroles et remontrances (car ce n'est j)as le propre de l'infirmière), mais par bon exemple. Car l'âme humble ut douce, recueillie avec Dieu en la variété de ses actions, parle un langage de cœur à cœur, qui a plus d'efTicace el qui lire doucement ù Dieu. Je ne suis pas d'avis que vous vous serviez de celte souvenance des prières que vous me mandez que très-rarement ; mais bien qu'au lieu de cette pensée, quand elle arrive, sans la combattre ni rejeter, vous entriez en la pensée des actions inlérieures, que l'âme déifiée de Noire-Seigneur Jésus- Christ a présentée à Dieu son Père, pour les pécheurs de la terre dont vous êtes l'une; et que par le mérite et efficace de ses actions divines, vous preniez force en Notre- Seigneur pour vous convertir à lui et vous oublier vous-même et pour entrer en Texerlice des vertus qui vous sont nécessaires. Je prie Dieu qu'il soit avec vous pour ji:niais.
{^:;i ' ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE.
LETTRE LXXXiX.
A i;>'E RELIGIEUSE C.AKMÉLITE
Jl l'exhorte de se lier à Jesic^ et aux mystères
irî
auxquels sa divine volonté est de la faire appartenir, combien quiis lui soient inconnus.
La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soil avec vous pour jamais. Une de vos premières et plus continues dispositions, doit être à adorer, à aimer, à louer la miséricorde de Dieu, et à vous rendre au dessein présent de sa bonté sur vous, et à tous ceux qui vous «ont inconnus. Vous devez dépendre continuellement de cette miséricorde, et y avoir plus d'adhérence que le petit enfant n'a à la mamelle ; non à cause de la douceur du lait qui en découle, mais à cause de la vie et subsistence que vous en devez tirer perpétuellement ; vie et subsistence que vous ne devez et ne pouvez avoir qu'en Dieu et en sa miséricorde, laquelle vous devez adorer et reconnaître, non-seulement en consolation, mais en rigueur môme. Croyez donc, trouvez et adorez la miséricorde divine en tout ce qui vous arrive, et prenez vie de Dieu en toutes vos croix, car il est vie, et vie même en la croix et en la mort. Prenez Jésus pour objet de voire âme, occupez-vous do lui, et non de vous. Jésus est celui que vous devez regarder, parmi toutes les variétés des étals de votre âme. Ayez soin de bonne heure, de lier voire esprit à Jésus, comme à votre vie ; l'établir en Jésus, comme eu votre firmament, et recourir à lui, comme à votre retraite et refuge ; faites une oblation puissante et fréquente de votre être, de vos puissances, et de votre vie, actions et soutfrances de tout l'état présent et avenir, connu et inconnu de votre âme, et généralement de tout ce que vous êtes et portez à Jésus, en hommage et adoration de sa double essence divine et humaine, de la liaison inetl'abie de sa personne divine à notre humanité, et de sa vie divinement humaine et humainement divine, en la terre et sur les cieux. En particulier, sachez etsupposez, qu'outre que Jésus est vie et votre vie, il y a en lui quelque mystère particulier, dont il veut que vous receviez quelque sorte de vie plus particulière, que vous honoriez singulièrement, et dont vous dépendiez continuellement; et encore que peut-être, cela vous soit inconnu, offrez votre état et votre vie en l'honneur de ce sujet qu'il lui plaît de choisir et établir sur vous, sans le connaître et sans désirer le connaîlre, sinon au temps qu'il lui plaira. Liez-vous humblement et en simplicité intérieure, à cet objet inconnu ; et vous déliez de vous-même, et de tout ce qui est créé, pour vivre en Jésus, selon tous ses conseils et ordonnances sur vous, et choisissez Jésus ♦'t Marie, pour les objets éternels de votre ûme. Souvenez-vous que du plus haut des cieux, ils ont par leurs grandeurs un regard permanent sur vous. Demandez-leur, par miséricorde, la grâce de lier votre âme à eux par regards fréquents. Révérez les regards coDtinuels de Jésus à Marie, et de Marie à
Jésus; et en l'iionneur d'iceux, jetoz un humble et simple regard à Jésus et à Marie, en hommage, en retour, en action de grâces, aux regards qu'ils daignent avoir sur nous du plus haut ciel, et en l'état de leur gloire. Cette dislance n'empêche pas que vous ne leur soyez [irésenle, et aussi ils vous doivent être présents par la foi, et sur cette inetfable et divine présence, non em[)êchée de la distance des lieux, liez-vous à eux par regards humbles et simples, et perdez volontiers toutes autres vues et pensées, pour ouvrir et appliquer ainsi la vue intérieure de votre âme sur ces divins objets.