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LETTRE XCIX

A UNE RELIGIEUSE CARMÉLITE

La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ

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OELVnES COViPLKTES DU CARDINAL DE BERULLE.

soit avec vous pour jamais. Je Joue Dieu pour votre âme en la continuation des effets que vous nie demandez, que j'approuve au nom de Jésus et cie Marie, et désire que vous les référiez en l'honneur de l'anéantissement du Verbe éternel en son incarnation, en son enfance et en sa souffrance, qui sont trois sujets spécifiés en ma dernière. Adorez leVerbe incarné, et la vie qui est en lui : In ipso vica erat [Joan. i, 4), et il s'appelle le Verbe de vie : Verbuni vitœ. [Philip. II, 16.) Souvenez-vous de ces paroles fortes et efficaces pour adorer cette vie divine, et ouvrez toute votre âme aux effets d'icelle; et ce non-seulement lorsqu'elle opère puissamment, mais encore après que celte communication surabondante est passée. Il y a de l'excès en la crainte que vous avez de ces effets; et au lieu d'icelle, je désire de vous bumilicilion et correspondance à iceux, au lieu de l'éloignemenl que vous en avez. Adorez le Verbe éternel et recevez de toute votre puissa.'îce et caiiacilé la communication de ces effets divins en voire âme, et révérez singulièrement les eifets qu'il a opérés, et en riiumanilé sacrée qu'il déifiait par sa subsi>lence, et en la Vierge sainte qu'il sanctifiait par sa divine présence en une manière ineffable, durant le temps de neuf mois qu'il éiait dans son ventre. Jésus et Marie soient avec vous.

LETTRE C

A UNE RELIGIEUSE CARMÉLITE

Du don que Bienfait aux hoynmes de son Fils unique, et de CobUijation d'être tout à lui. Nous so))imes à Jésus par le mérite de sa mort et par le pouvoir de sa résurrection : l'une nous acquiert la grâce, et l'autre nous donne la gloire. Exposition de ces paroles de saint Paul : Ut et qui vivant, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit.

La grâce de Jésus-Christ Notre-Seigneur soit avec vous pour jamais. Le plus grand don qu'il a ()lu à Dieu faire aux hommes, c'est de leur donner son Fils; et le plus grand soin que nous devons avoir en la terre, c'est d'avoir part à celui que le Père éternel nous a donné, et à qui il a donné toutes choses. Il est tout, et nous ne sommes rien ; et il doit être notre tout, et nous n'avons rien de nous-mêmes en propre que le néant et le péché. Il mérite tout, et de nous-mêmes nous ne méritons que l'enff^r, et par lui, nous le mérilons lui-même. Il est tout, il a tout, il mérite tout, et il doit êlre notre tout, et nous devons être à lui, et n'être qu'à lui, et n'être plu.s à nous-mêmes. C'est l'enseignement de saint Paul qui nous exhorte de ne pas vivre à nous-mêmes : Mais à celui qui est mort pour nous et ressuscité (Il Cor. v, 15); où ce grand Apôtre nous représente en deux paroles les deux vies du Fils de Dieu, sa vie mortelle, et mourante en la croix; sa vie céleste , commençante en la résurrection. Deux vies uni nous donnent la vie :

l'une en la terre par la grâce ; l'autre au ciel par la gloire. Deux vies qui nous acquièrent par un nouveau titre à Jésus-Christ; car quand le Père éternel ne nous aurait point donné à lui, il nous a légitimement acquis par le mérite de sa vie mourante et par la puissance de sa vie ressuscitée ; tellement que nous sommes à Jésus-Christ, et c'est notre bonheur. Nous sommes à lui par divers titres : par le don du Père, par sa mort en la croix, et par sa vie au ciel. Soyons encore en lui par un nouveau titre, c'est-à-dire par l'élection de notre volonlé, par l'humble donation que nous voulons faire de nous-mêmes à lui, par la résolution constante que nous prenons de lui appartenir, de vivre à lui, de dépendre de lui, et de lui consacrer en holocauste perpétuel et nos corps et nos âmes. Après Jésus, soyons à sa très-sainte Mère, en l'honneur de ce qu'elle est à Jésus en qualité de Mère , et en l'honneur de ce que Jésus est è elle en qualité de Fils; et révérant les grandeurs que cet état et qualité lui donnent, donnons-nous à elle pour être à elle, et par elle à Jésus, par quelque sorte d'appartenance et dépendance |)articulière. Je supplie Notre-Seigneur Jésus et sa très-sainte Mère daigner me rendre digne de le servir en votre âme.

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