‹ Œuvres complètesChapitre 362 sur 540 · LETTRE CXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXIV

A UN SLPÉRIELR DE LORATOIRB.

Patience dans les travaux. — Dieu bénira la congrer/ation en so7i temps ; mais il faut attendre ce temps avec humilité et louf^animité. Quel usarje nous devons faire de l'incertitude de nos pensées. La pauvreté ne doit pas empêcher l'exercice de la charité. Nous devons renoncer quelquefois même à nos bons désirs.

Je loue Dieu de la force qu'il lui plaît vous donner dans les travaux de cette maison. Vous direz un jour avec un grand serviteur de Dieu: Heureux les travauxqui ont trouvé une telle récompense ! Honorez les labeurs du Fils de Dieu, cheminant inconnu parmi le monde et ceux aussi de sa très-sainte Mère. Oubliez vos peines et vos labeurs, en la pensée de sujets si grands et si divins, et demandez à Dieu en toute humilité, longanimité et persévérance, en ce qui est de m

très-sainte volonté. Dieu bénira et niultiliera la congrégation, mais il nous faut et „umiiilé et longanimité, pour attendre et recevoir cette bénédiction ; et en attendant, nous devons pourvoira tout selon la puissance qu'il nous donne, et nous humilier, prier, patienter, lorsque nous ne pouvons davantage. J'ai toujours craint ce qui est arrivé h celui dont vous m'écrivez ; mais vos lettres me faisaient douter de mon sens, et je pensai plus humide et [)lus à propos d'en essayer, n'y prenant pas confiance entière. ]l ne nous faut pas étonner si nous nous trompons en nos pensées, puisque les anges môme, en la gloire, peuvent avoir des pensées différentes du jugement de Dieu. Mais apiès nous Atre humiliés, il nous faut dé- [)artir aussitôt denotrc propre sens. Jecrains que vous ne soyez nu j)eu trop arrêté. Demandez à Jésus et à la Vierge cette humble et facile démission. Ne soyez point si exact en petites choses. Il vaut mieux que la maison soit plus pauvre, et que la charité vers les nôtres soit plus abondante. J'a|)prouve grandement votre dévotion, et il m'est trèsagréable et très-aisé d'y satisfaiie, mais ce serait à présent une tentation. 11 faut shumilier en tout temps, et quelquefois anéantir même nos bons désirs; au moins les faut-il différer sous la conduite de la Providence divine. Honorez la patience de Jésus, à attendre l'espace de trente ans que son heure fût venue, laquelle il [)ouvait avancer selon son bon plaisir. Nondum venit hora mea{Joan. ii, 4), répond-il même à sa trèssainte Mère. S'il s'est rendu sujet aux temps et aux moments, lui qui avait le temps en 3on pouvoir, que devuiis-nous faire, nous qui ne .sommes rien et ne pouvons rien? Jésus et sa très-sainte Mère soient avec vous pour jamais.

Page 1