LETTRE CXLIX
A 'JN PKRE DE l'oratoire, A NOTRE-DAME DES ARDILIÈRES.
Jl désire que ceux de la congrégation qui demeurent dans les lieux de dévotion particulière à la Vierge , soient personnes de grande édification et exemple. — Il règle les sorties, visites et conversations de ceux de l'Oratoire. — // observe que le Fils de Dieu dit à ses disciples fatigués : Picquiescite pusillura ; et il pèse ce mot : Pusillum. Mon Père, la grâce de Jésus-Christ Notre- Seigneur soit avec vous pour jamais. Le soin que je dois avoir de l'honneur de Dieu et de la perfection des âmes , dans les maisons qu'il lui a plu nous donner, m'oblige encore plus d'avoir cet égard particulier en celles qui sont consacrées à lui, en l'honneur de sa très-sainte Mère. C'est pourquoi je vous exhorte en la charge que vous avez, de veiller à cette obligation, et défaire entendre à tous nos Pères que la sainte Vierge, qui a daigné nous donner sa maison, se courroucera contre nous, si nous manquons à ce devoir, et si en un lieu oii les autres viennent de bien loin chercher grâce et sanctification, nous qui y sommes établis pour recueillir ces grâces et les appliquer aux autres, manquons à la perfection de cette grâce et sainteté, à laquelle et notre profession et la sainteté du lieu nous convient. Locus in uuo stas terra sanctaest, comme disait l'ange a Moïse et à iosué {Exod. m, 5; Josue. v, 16), et il nous faut aussi déchausser nos imperfections, pour être dignes d'y demeurer. Je vous prie de ne permettre à qui que ce soit de sortir seul hors de la maison, ni de visiter les particuliers de la ville, que rarement et sans grand sujet, ni de s'aller promener en leurs maisons des champs en aucune jfaçon. Ceux qui ont besoin de prendre l'air l'ont assez libre en la maison ou en la campagne; et si quelqu'un y a peine, mandez-le moi, car je me tiens plus obligé de le mettre ailleurs que de le laisser introduire ces coutumes trop libres. La conver-
sation inutile, et beaucoup plus celle qui est profane, doit être soigneusement évitée parmi nous, et si nous avons quelque peine ou intirmilé d'esprit» nous ne devons la décharger aux étrangers , qui ne doivent voir que vertu et perfection en nous , pour y être attirés. Le Fils de Dieu, en saint Marc (vi, 31), dit une fois , mais une l'ois seulement à ses apôtres fatigués des labeurs de leur apostolat : Requiescite pusillum , et il ajoute pusillum, ce que je vous prie de noter et de faire noter; et si encore ce n'était qu'entre eux, et non en la vue et compagnie des étrangers. Cette observance est de trèsgrande importance, et je vous la recommande affectueusement. Je supplie Notre- Seigneur et sa très-sainte Mère nous rendre tous dignes de les servir en la perfection qu'ils désirent de nous. Je suis en eux.