‹ Œuvres complètesChapitre 453 sur 540 · II. — Extrait d'une lettre au cardinal de · texte numérisé non relu

II. — Extrait d'une lettre au cardinal de

Biche lieu.

Le roi ayant offert au cardinal de Bérulle Tahbaye de la Réiile pour le niellre en état de sonlenir sa nouvelle dignilé, \z cardinal écrit au ministre qu'il ne peut l'accoplor.

Je ne mérite pas que le roi pense à moi. C'esi vous, Monseigneur, qui lui en avez suggéré la pensée ; mais la sincérité avec laquelle je veux agir avec vous, me fait vous (lire qu'encore que ce dernier bienfait soit fort obligeant, il m'alllige d'une manière sensible, comme étant le premier sujet qui nie tire de la résolution ancienne que j'avais faite de servir Dieu dans son Eglise sans bénéfice, et il me semble que je me dois |)laindre de vous, de m'avoir mis dans une condition qui m'oblige de rompre cette résolution. Je m'aitrisle donc de me voir dans un état si diirérenl du premier, et je dis à ISutre-Seigneur Jésus-Christ que je ne veux point de bénéfice qui me tienne lieu de récompense, et qui me diminue sur la terre ce que je dois et désire avoir de; part 5 ses saintes grâces.

IIL — Lettre du roi au cardinal de Bérulle.

Mon cousin, vous pouvez bien croire que je ne vous ai pas plutôt fait cardinal, (ju'en môme temi)sje n'aie pensé aux moyens de vous faire soutenir cette dignité. J'y' aurais |ilus lot commencé, s'il s'en était offert des occasions. Maintenant donc qu'il a plu à Dieu de disposer de l'archevêque de Tours, je vous fais celle lettre pour vous dire que jo vous donne très-volontiers l'abbaye de Saint-Maixant qu'il possédait, et l'archevôelle de Tours aussi, si vous vous résolvez à tenir des bénéfices de cette nature. Par ce commencement, vous connaîtrez mon atl'ec-

OElvres compl. de de Bki\i lle.

(ion, dont vous recevrez d'autres effets dans les occa.sions. (-21 octobre 1028.)

\y . — Lettre à ^fnrillac, fjarde des iceaux. Celui-ci ay.iiit fortement pressé le cardinal de FM-

rullo de se rendre au vumi du roi, il en reçut la

réponse suivante.

Je suis en doute de la volonté ije Dieu sur moi, depuis qu'il lui a plu de me tirer de la jtrcmière voie où il mav/iit mis... Le cfiangement de ma condition n'a rien changé, par la miséricorde de Dieu, des dispositions et maximes f»récédentcs... Aiiparavnrit j'étais résolu de ne rien accepter; maintenant je suis résolu de ne rien demander, de me laisser conduire h Dieu selon sa providence... De savoir si je dois accepter tout ce qui se présentera, c est sur quoi je suis en doute, n'y ayant pas encore pensé devant Dieu... Lt c'est ce qui me retient d'écrire au roi ou h. Monseigneur le cardinal, ne voulant pas leur mander des doutes : ce qui serait manquer au respect que je leur dois.

\ . — Extrait d'une lettre au P. Berlin, à

Borne.

Le cardinal de Bérulle le prie de consulter le

Pape au sujet des abbayes que le roi lui olfrail.

J'avais fait ci-devant le vœu de n'accepter aucune abbaye ni évôché. Depuis qu'il a plu au Pa[)e de m'en dispenser, je me suis irésolu de ne demander aucun bénéfice... Mais je me suis aperçu depuis quelques jours que le roi pense à ra'en offrir un... Si je l'accepte, je suis bien résolu de ne le pas quitter, ni de permuter avec (^"autres bénéfices, comme plusieurs le font maintenant... Mais j'ignore enquelle manière Dieu désire que je le serve... Ce m'est une peine sensible de rom|)re mon vœu en acceptant des nbbayes, et toutefois je vois quelque sorte de nécessité de le faire pour soutenir ma dignité. Mais je ne crois pas qu'il soit aussi nécessaire d'accepterdes évêchés. C'est sur quoi je souhaite l'avis et la résolution du Saint-Père... Je vous supfdie de lui exposer mes difficultés, de lui déclarer de ma jiart que, devant Dieu, je me juge incapable de l'épiscopat ; que j'ai grand sujet d'ap[)réhender cette charge d'âmes ; que je n'ai pas le don de la parole, qui est un défaut que j'estime considérable dans un évêque ; que je crains même de n'avoir ni assez d'activité dans l'esprit, ni assez de force de cor|)S pour satisfaire aux devoirs et aux fatigues de cet état ; que néanmoins je me soumettrai à ses ordres. (V novembre 1628.)

VL — Lettre au roi.

F/'uis XIII venait de nommer le cardina) de Bérulle il l'abbaye do Marmouliers et à celle de Saint-Lucien de Beauvais. Celle nomination ayant concouru avec la réponse du P.ipe , qui lui commandait d'accepter, le cardinal répondil au roi en ces termes :

Sire, je viens de recevoir de nouveaux effets de votre bienveillance: j'en dois rendre un nouvel hommage et une nouvelle reconnaissance à Votre Majesté. Mais comme mes devoirs et mes sentiments ne peuvent être dignement exprimés sur le papier, je désiitt

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ŒUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULLE

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les imprimer sur un fond plus noble et plus durable, au fond de mon cœur ; et pourtant de bienfaits, vous présenter quelque chose de meilleur que des paroles. La saison, Sire, et les périls où. nous voyons Votre Majesté, nous forcent de prier Dieu d'être avec vous pour vous accompagner, de marcher devant vous pour vous ouvrir ses voies, de vous prendre entre ses mains comme un instrument de sa volonté, et de vous faire servir à sa gloire sur cette terre. Je le supplie aussi de me faire la grAce d'user si saintement des bénéfices que vous avez bien voulu me donner, que Votre Majesté en soit devant Dieu sans reproche, et que je travaille moi-même 5 régir de telle sorte ces abbayes, que Dieu y soit honoré, le pays assisté, et Votre Majesté satisfaite.

VII. — Réponse du roi à la lettre précédente. Mon cousin, j'ai vu par votre lettre du 6 de ce mois, avec quel sentiment vous avez reçu les abbayes que je vous ai données. Mais comme je veux bien croire qu'il est plus vif au fond de voire cœur, qu'il ne peut être exprimé })ar vos paroles, croyez aussi que la bonne volonté que je vous porte et l'estime que je fais de votre éminenle piété et vertu, est encore plus grande en mon esprit, qu'elle ne paraît par les effets, que je tiens aussi inférieurs aux mérites des vœux et des prières dont vous assistez incessamment mes intentions. Je vous prie démêles continuer toujours : car c'est de la main de Dieu que je tiens les bons succès qui m'arrivent ; et comme je ne mérite pas ces grâces de moi-même, je ne les puis attendre que des prières de ceux de qui la voix est entendue du ciel. Faites que la vôtre et celle de votre congrégation y soient souvent portées, et soyez assuré de la continuaiion de ma bienveillance.

EXTRAIT d'une LETTRE AU CARDINAL DE RICHELIEU.

Le Bérulle lui parle de l'évêque de Maillezais, nommé à l'archevêché de Bordeaux.

Quant à M. de Maillezais, je ne sais quelle mouche l'a piqué contre moi, ne lui ayant jamais donné, que je sache, aucun sujet de mécontentement. Le nonce vint me trouver, il y a un mois, de la part de Sa Sainteté, pour me charger de vous informer qu'elle est résolue de prier le roi de jeter les yeux sur quelque autre que ce prélat pour l'archevêché de Bordeaux, m'alléguant des raisons bien graves et bien dignes de sa religion et de l'autorité de sa place. Vous savez bien cependant queje ne vous en ai rien écrit. Je m'en défendis en etfet auprès du nonce par ces deux raisons : l'une, que le roi ne m'ayant rien recommande sur les matières bénéficiales de son royaume, je désirais de m'en tenir à .a loi que je me suis imposée de ne me mêler de quoi que ce soit que par ordre exprès ; l'autre, que les déliés du «1^8 ne manqueraient i)as dédire rjueje

m'étais chargé do faire valoir les oppositions du Pape, pour faire obliquement penser à moi dans la collation de cet archevêché. Je m'étais donc proposé de ne vous rien dire sur cette nomination. Mais puisque j'ai une fois rompu le silence, je crois vous devoir avertir que, quand on eut nouvelle à Paris que le roi avait nommé ce [)rélal à Bordeaux, la plupart de ses confrères qui se trouvaient ici, s'en offensèrent; que le cardinal de la Rochefoucault m'en prit en quelque façon à partie, s'imaginant que j'y avais contribué, moi qui ne le savais même pas; que les plus licencieux de la cour s'en moquèrent; et que, quand ils surent depuis que le Pape s'y op[)Osait, les courtisans dirent ouvertement que le Pape faisait forl bien ; et c'est par les discours qui se tinrent alors sur ce prélat, que j'appris de lui bien des choses que jusque-là j'avais ignorées. Je croyais môme d'abord que vous aviez procuré sous main celte opposition du Pape, sachant que vous aviez déjà, par un mot de lellre, empêché que l'abbaye de Blois ne lui fi^t donnée, à cause, disiez-vous, que plus il en aura, plus il en mésuserail. A la vérité, l'intérêt que vous alléguiez est grand, le bien de l'Eglise étant affecté à Dieu. Mais, Monseigneur, l'intérêt de tant d'âmes qui dépendent de ce grand archevêché est bien encore plus grand. Les âmes sont à Jésus- Christ, et il ne faut mettre dans les emplois à charge d'âmes que ceux que Jésus-Cnrisl même y mettrait , s'il était encore sur la terre.

EXTRAIT d'une LETTRE AU CARDINAL DE RICHELIEU

De Bérulle ayant assuré au cardinal ministre que la Rochelle serait prise, celui-ci, peu crédule à cette prédiction, voulait savoir le temps précis auquel Dieu accomplirait ses promesses; de Bérulle lui répondit :

Je suis sans lumières, mais non sans pensées; et, puisque vous me le commandez, je dois vous les représenter. Je regarde la Rochelle comme je regardais auparavant l'Ile de Rhé ; c'est-à-dire je la tiens assurée au roi, et j'espère même que cela ne tardera pas. Je ne l'attends point de l'estacade ni du blocus, mais de quelque effet prompt et inopiné. Cependant, en choses semblables, on doit être fort retenu à en juger et à en parler, et se rendre à cette parole du Verbe incarné à ses apôtres : Non est vestrum nusse tempora vel momenta quœ Pater posuit in sua potestaie. [Act. \, 7.) La puissance de celle parole nous, oblige à rentrer dans notre néant, mais non pas de cesser nos prières. Je prie donc avec instance que Dieu abrège

les temps Je fais des vœux à Dieu pour

cela qui rej^ardent le bien |)ublic, et que je vous su[)plierai de ne pas éconduire.(Du 11 décembre 1627.)

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