‹ Œuvres complètesChapitre 484 sur 540 · LA MORTIFICATION · texte numérisé non relu

LA MORTIFICATION

C'est une guerre continuelle que nous déclarons et une résistance que nous faisons à tout nioojent à cette rébellion de notre esprit, de notre volonté, de nos sens et de notre concupiscence contre le mouvement de la grâce, dans l'espérance de posséder un jour cetie récompense que Dieu prépare à ceux qui auront généreusement combattu jusqu'au dernier soupir de leur vie.

C'est celte vertu qui nous facilite le moyen de nous corriger de nos dérèglements," en nous faisant renoncer à ce qui en est la source, je veux dire le propre jugement et la propie volonté. Car le propre jugement voulant raisonner sur tout quand il ne veut pas se soumettre uxw lois de Dieu , et la propre volonté réfléchissant sans cesse sur soi, et rapportant tout à sa satisfaction, corrompt toutes nos meilleures actions, et à la fin nous perd pour toute l'éternité; car, dit saint Bernard, ôtez la volonté propre, il n'y aura point d'enfer.

Ce n'est que par la mortification que nou<; pouvons acquérir les vertus ; car nous ne nous avançons dans les voies de Dieu qu'ù

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nipsiirrt que nous nous rcnonrons nousniôrijcs, el que nous Aloiis les oliMacIes qui! nos sens el nos |ias.sion.s incUonl on ro|icrnlion *le la grAcc, ot la giAco ne vivra en nous ([u'aiitant (|uc nous Umous UKuirir la nature. 11 lant doni- se lésouilre h '•e niorli- Jier on tout el |iarloul, .soil inléricurcnient, soil cxlérieurenienl , .soit dans nos désirs, 8oit dans nos paroles, soil dans nos aillons, en toutes les oi c.isions qui se présentent, ou de nos é^aux, ou par tout aiilre ino^cn

Îiue ce soit, lAiliant du leobioii |irendreeten aire son |>rolit.

Se niortifier et v.iin<Te en tout ce «pii em-

1:^clie de garder les règlements , el de hii'ti niro les allions ordinaires de la journée tant spirittiellcs qu'extérieures , |)arre que toutes les fautes que nous faisons en etia, viennent ou de ce que nous ne nous vainç]uons et inoriilions pas assez, refusant toujours de soulfrir la moindre peine , ou de nous priver de quelque plaisir et satisfaction.

Se mortifier avec toute la modestie qui est bienséante h un eiclésiaslique et surtout en ce (]ui regarde la langue, les yeux , les oreilles, quand on commet quelque faute, r S'abstenir de certaines choses (ju'on peut faire licitement , comme de sortir de sa chambre, de voir des choses belles et curieuses, d'en dire ou d'en ap[irendre d'autres qui ne font (]ue de nourrir la curiosité. L'exi.'rcice de ces petites mortifications ne laisse |)as que de faire à l'âme de grands profils dans la voie de Dieu, parce que cette lidélité aux |>etites choses ôte bien des obstacles qui nous arrôlcraient, et dispose insensiblement h de plus grandes : Qui in mitiiino fidclis est , et in majori /idelis erit. {Luc. XVI, 10.)

Se mortifier encore dans les choses qu'on ne peut se dispenser de faire; en sorte que quat)d il s'agit de luanger, boire, dormir, converser, étudier et faire quelque autre exercice qui plaîi, il faut mortifier auparavant le désir et l'empressement qu'on a , el le |)laisir qu'on y reçoit en disant : Que ce ne soil point, ô mon Dieu, pour ma propre satisfaction que je fasse ceci, mais seulement pour me confornjer à l'ordre de votre samle volonté.

Penser souvent à ce que dit saint Paul de Jésus-Christ dont toute la vie n'a été qu'une mortification conlinuelle : Christus nun sibi plaçait. {Rom. ilv, 3.) Ceiiivin Sauveur nous «lit lui-môme : Si quis vull venire post me, abnegel semctipsum, tolUit crucem suamquotidie et sequalur me. [Matth. xvi, 2i.) Ainsi soil-il.

DE Là FIDÉLITÉ DE l'iME AUX VOIES DE DIEL'.

Cette vertu est un regard et une vue conlinuelle de l'Ame aux mouvements et aux nltrails de son Dieu, sur la conduite de sa vie pour suivre en tout ce qu'elle reconnaît qu'il demande d'elle , dans l'état où il lui plaira de l'appeler.

J. îme fidèle a une très-grande estime

Or.tVBKS C.OSIPL DE DE HÉrvULLE.

pour toutes les voraiions et toutes les commuiiaiilés de J'l']glisc, mais elle préfère celh où elle est appelée, parce iju'clle la regardi; comme sa mère, et connue celle où elle est née dans la vie spirituelle, où elle doit vivre, et d'où elle no doit sortir que \>nr la mort.

l ne âme véritablement fidèle craint la moindre imperfection, cl s'étudie à ne penser, l' no dire et h ne faire quoi f|uo ce soit, sans avoir aujaravanl consulté Dieu dans son iniérieur.

Klle se dorme bien de garde de prévenir le temps ordonné de Dieu pour agir, ni d'aller plus vite que les mouvements du Siiint-l'Isprit ne la rioussent dans l'acquisition des vertus de la perfection, tlle s'étudie soigneusement à s'éloigner de toute su- |)erlluilé, et de la perte (l'un moment de tempsqu'elle regarde comme lui étant donné de Dieu, pour accomplir son œuvre en elle jiour sa plus grande gloire.

Klle s'éloigne autant ou'elle peut de la conversation avec les créatures, appréhendant qu'elles ne servent d'obstacles aux communications de Dieu , et par respect pour sa majesté, elle lAnhe de ne se complair-e pas môme aux plus vertueuses, et surtout à celles pour les(|uelles elle ressent une très-grande inclination naturelle.

Vne âme fidèle doit soupirer continuellement vers son avancement spirituel , s'humiliant sans cesse et appréhendant de recevoir les grâces de Dieu en vain, et sans v coopérer parfaitement. Ce défaut de coopération et de fidélité à la grâce selon son étendue, doit être le sujet de ses gémissenients continuels devant Dieu, comme il est le sujet de l'appréhension des plus grands saints h l'heure de la mort.

Comme Dieu fait tout in mensura, et numero, et pondère {Sap. xi, 21), aussi l'âme /iilèle a soin d'observer dans son intérieur ce I oids, ce nondjre, celte mesure que Dieu lui a prescrits, pour n'excéder, et pour ne manquer en quoi que ce soit qu'il demande d'elle.

Cette fidélité demande qu'uneâme s'exerce à la continuelle présence de Dieu qui doit éclairer, purifier et perfectionner son intérieur, pour lui faire connaître les inclinations [dus particulières et la fortifier contre les difficuliés qui se rencontrent dans les voies du salut, toujours très-dures à la nature. L'âme pour lors a besoin d'un secours particulier de Dieu pour ôtre fidèle, et n'agit point par ses efforts naturels. Elle doit ôtre fiilèlc aux plus petites choses et suivre les plus petites ins|>iralions pour s'accoutumer aux plus grandes choses; mais elle ne doit }»as seulement être fidèle h l'extérieur des actions, elle doit encore pluss'appliipier à les faire avec des dispositions intérieuies toujours plus fervenies. i

L'Ame [)Our entrer en celle fidélité doit jeter les yeux sur Jésus-Christ, lequel, comme dit Origène, a été à l'égard de son Père, fidèle à suivre ses volontés, comme l'aiguille d'un cadran à montrer par son oml)re les

tEUVRES COMPLETES DU CARDINAL DE BERULl E.

mouvements du soleil. 11 faut demander sans cesse le don de la persévérance finale qui dépend uniquement du bon plaisir de Dieu qui la donne à qui il veut sans que nul j)uisse la mériter. C'est pour obliger'Dieu en quelque façon de nous faire cette miséricorde que nous ne devons jamais nous relâcher de nos exercices, et dans la pratique des vertus, mais vivre partout comme si l'on était encore à l'institution, ne réglant sa conduite que sur les instructions qu'on nous a données, et non sur les mauvais exemples qu'on pourrait trouver, ayant toujours devant les yeux les paroles de Jésus-

Christ : Qui perseveraverit usque in finem , hic salvus erit. [Mutth. x, 22.) Ne rej^arder jamais ce qui est déjà fait, mais ce qui reste à faire; sachant bien que dans un Chrétien, on ne fait pas tant attention au commencement qu'à la fin. L'âme fidèle demande sans cesse cette persévérance finale, s'en reconnaît indigne et incapable, et craint toujours de ne la pas obtenir, car Dieu peut justement la lui refuser; mais elle espère tout de sa grande miséricorde dont il lui a donné tant de gages, qui la font bien espérer de l'avenir. Ainsi soit-il.

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