EN LA MESME COME DIE
Pour mon trophée en ce char triomphant Pris et captif je meine cest enfant Qui des mortels a surmonté la gloire;
Je vous diray comme je l’ay vaincu
Mascara des.
Par la vertu d’un merveilleux escu Qui de ce Dieu m’a donné la victoire.
Amour, voyant que seule entre les dieux J’avois un traict du sien victorieux ,
Et que du tout je n’estois sa sujette,
Pour me domter prist l’arc en une main ,
Le feu dans l’autre, et, m’assaillant en vain , Perdit d’un coup sa flame et sa sagette.
Pour résister à ce prince animé ,
D’un fort bouclier l’estomac je m’armé ,
Fait de constance et de perseverance ,
Où l’Amoureux au travers se miroit,
Et tellement jusqu’en l’ame esclairoit Qu’il cognoissoit d’un regard son offense.
Voulant son arc contre moy descocher, Trouva l’escu aussi dur qu’un rocher Tout à l’entour environné de glace,
Qui de son arc la puissance amortit,
Et son ardeur en froideur convertit,
Et tous ses traits brisa dessur la place.
Lors, le voyant sans armes et tout nu , Pour prisonnier je l’ay depuis tenu,
En le menant devant mon char en pompe ;
Et par despit j’ay cassé son carquois, Esteintson feu , rompu son arc turquois : C’est bien raison que le trompeur on trompe.
134 Mascarades.