‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 73 sur 138 · I. Depuis Henri III · texte numérisé non relu

I. Depuis Henri III

Mascarades.

A la couleur qui ressemble à la foy Que pour sujet en l’âme je reçoy.]

Que l’incarnat tant qu’il voudra se vante, Le jaune aussi, qui l’amoureux contante,

Et le verd-gay que Venus aime tant :

Telles couleurs ne me plaisent, d’autant Qu’un teint fardé leurs beautez a souillées L’une dans l’autre estrangement meslées.

Comme le simple en tout est plus parfait Que le meslé qui de plusieurs se fait :

Ainsi le blanc comme simple surpasse Toute couleur où la mesleure passe.

Simple est le blanc, le reste est composé,

Où i’artifice a le fard apposé ;

Car en tombant de sa simple nature S’est corrompu par diverse teinture,

Et n’est plus beau par la mutation,

Comme eslongné de sa perfection.

Donc qui voudra, pour accoustrement porte Un habit peint de mainte estrange sorte,

Soit bigarré du corps comme du cœur,

Toute couleur sans la blanche couleur N’est à bon droit parfaite ny louable;

Le blanc naïf seulement est capable De recevoir toutes couleurs, et peut Changer sa forme en tout cela qu’il veut,

Où l’accident des autres n’a puissance De retourner en une blanche essence.

Le ciel est blanc, la lune, et le flambeau Du grand soleil pour estre blanc est beau; Pour estre blanche est belle la lumière;

La couleur blanche est tousjours la première.

Ronsard. — IV.

Mascarades.

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