COMPOSÉ PAR PIERRE GR1NGORE
orsque autonne rompt, casse et démolit , [suplante ; Feuilles, fleurs, fruits , et la chaleur Que Bacus est couché en un mol lict , Et que Cérès ses blaries 2 sème et plante; Que viellesse se chauffe au feu la plante , Que le père au filz plain de noblesse Faulce sa foy, que guerre Lombars blesse D'un dart agu , pestifereur, mortel, Que Venise n'a pas ung remort tel
i. Jeu de mots sur la fameuse formule papale Servus servorum Dei. Employée pour la première fois au vie siècle par Grégoire Ier, elle devint fréquente au vue et au vme , se rencontre moins au ix* et au x*; dans le xie , elle est d'un usage à peu près ordinaire, qui devient presque universel au xme. Vers le milieu du xve siècle, elle fut exclue des brefs et réservée pour les bulles. Cf. dom de Vaines , Dictionnaire raisonné de Diplomatique, article Serviteur, et M. Quantin , article Servus servorum. — La pièce est un in-8° gothique de 8 ff. non chiffrés; M. Veinant en a fait une réimpression. Paris, imprimerie de Pinard , 1829.
2. Cotgrave donne Mairie, blayerie, blayrie, avec le sens de terres à blé et de droit d'y faire paître ses troupeaux après la moisson , d'où le nom de seigneur blayer.
i $8 Gringore.
Qu'el deust avoir en pensant au dieu Mars, Qu'avarice par milliers , cens et marcs Pecune prend, luxure paillart myne, Que folz ont bruit en faisant bonne myne , Et qu'en danger de cisme l nous voyons Saincte Eglise, pource que desvoyons Cueurs, âmes, corps, durant nostre vil aage, Je passoye temps en ung petit village Nommé Estiolles , près Corbeil dessus Seine, Qui est contrée bien aérée et saine, Et au plus près de ce lieu je choisy Ung beau chasteau qu'on appelloit Soysy 2,
i. Schisme.
2. Le texte de Gringore ne laisse aucune équivoque; il s'agit bien de Soisy-sous-Étiolles , situé sur la rive droite de la Seine, entre Ris et Corbeil. L'abbé Lebeuf parle bien de l'histoire religieuse de Soisy, mais il ne dit rien du château ni de ses possesseurs , ce qui nous réduit à des conjectures pour expliquer le vers suivant, où il s'agit d'un prélat de Cahors. Le prélat, c'est l'évêque ; or il n'y a pas lieu de croire que ce soit Antoine III de Lusech, dont la famille, et, par suite, les possessions, dévoient être entièrement cahursaines et méridionales; il cessa d'être évêque en 1 $ 09; il y a la raison d'une date trop avancée contre Charles-Dominique de Carrette (Duchesne l'appelle Corret), qui devint évêque d'Auch en septembre 1 514. Toutes les probabilités, au contraire, sont en faveur de celui qui occupa le siège d'Auch entre les deux, je veux dire Germain de Ganay ; il fut élu en mai 1509, intronisé en mai 15 11 , et devint archevêque de Tours en 1 5 1 4. Cf. le Gallia Christiana, I, col. 146-7, et l'ouvrage de Guillaume de la Croix, Séries et acta episcoporum Cadurcensium , Cadurci , 161 7, 40. Puisqu'il ne fut intronisé que deux ans après son élection, il est d'autant plus raisonnable d'admettre , en 1 $ 09 et 1 $ 1 o , sa présence aux environs de Paris, que sa famille, par les charges de son propre frère Jean de Ganay, premier président au parlement de Paris, et alors chancelier de France , est tout à fait parisienne. C'est donc un nouveau protecteur qu'il faut reconnoître à Gringore, et la date de 1 5 1 0 , donnée par les bibliographes à cet opus-
La Chasse du cerf des cerfs. 159
Où reposoit le prélat de Cahors ,
Qui d'avec luy chasse mauvais cas hors.
Lors m'ingeray luy présenter ce livre,
Que de bon cueur luy transmetz et luy livre,
Intitulé le Livre de la chasse
Du serf des serfz; bien a qui le pourchasse.
En la forest mondaine transsitoire Leserf des serfs prenoit, pouravoir gloire, Félicité, plaisir, soûlas et joye, Sans rumyner ou avoir à memoyre Que les veneurs faisoient leur consistoire En fort buisson, landes, haulte foussoye ». Les cerfz marins y estoient à montjoye , Qu'on pourchassoit ; ainsi qu'un poursuivant, Le serf des serfs se mettoit au devant.
Le serf des serfs avoit teste mal née ; Mais elle estoit triplement coronnée 2, Et de poil blanc avoit couvert son corps; On le véoit , en faisant sa menée Et ses meutes par mainte après disnée, Dedens son fort, fumeux, plein de discords; Or portoit-il tout justement huit cors ?,
cule , surtout d'après l'impression, en est confirmée, en remarquant que la composition et même l'impression du livre peut être aussi bien de 1509, puisque dès le mois de mai de cette année Germain de Ganay pouvoit être considéré et étoit certainement traité comme évêque de Cahors.
1. L'emploi de Pépithète haute fait croire que l'expression a le sens de haute futaie.