L'Entreprise des Veniciens
Le titre indique nettement le bat que Gringore s'est proposé. Il a voulu soulever l'indignation publique contre les Vénitiens, en prouvant que leur république , fondée par quelques fuyards échappés aux massacres d'Attila , devoit son accroissement à des conquêtes injustes , et à un système d'agrandissement qui ne respectoit ni la foiblesse , ni le caractère vénérable, ni les plus légitimes droits des anciens possesseurs. Il énumère les diverses villes dont elle s'est emparée, et entremêle son énumération de plaintes, d'exhortations et de menaces. Les plaintes ont une apparence assez piteuse, les exhortations sont peu touchantes, et les menaces sont trop boursoufflées pour être bien redoutables. Mais il ne faut pas oublier que Gringore s'adresse moins à Venise, la Cité jolye, qu'à la Bourgeoisie Parisienne. Il parla à celle-ci le langage lourd, emphatique, luxuriant de proverbes, qui la touchoit le plus. Son pamphlet, qui a la tournure d'une prédication compendieuse et convaincue , devoit laisser peu de doutes dans l'esprit des gens de la Bazoche et de l'Université sur la justice d'une guerre entreprise contre d'aussi effrontés pillards. La manière bizarre et grotesquement françoise dont Gringore écrit les noms italiens prouve qu'il ne s'inquiétoit guère de l'impression que son œuvre devoit produire sur les Italiens et les
et la Politique bourgeoise. Ixv
géographes; il lui suffisoit d'être compris dans son voisinage et de soulever là l'opinion publique. On en pourroit conclure encore que notre pamphlétaire travailla non sur des documens officiels, mais sur des renseignemens oraux , qu'il rumina, qu'il s'appropria, qu'il façonna, en consultant uniquement les oreilles de ses auditeurs Parisiens et les nécessités du rhythme et de la rime.