Mordu, encore usité dans plusieurs patois
a. Cicero : Qui reipublice presunt quidquid agunt ad civium utilitatem référant obliti commodorum suorum.
44 Gringore.
Ces mouches là chassa hastivement.
Le malade de ce fait se courça ,
Tresmal content devers luy s'adressa
En luy disant qu'il avoit en effaict,
Chassant ses mouches, envers luy trop forfait'.
De ce méfiait allégua la raison :
(c Ces mouches m'ont picqué longue saison,
De ma chair sont si saoulles, tout conclus ,
Que pour l'heure ilz ne me mordoient plus.
Or les as tu chassées ; ilz s'en yront
Toutes saoulles, et d'autres reviendront
Affamées , qui encor de rechief
Me remordront ; tu m'as fait meschief
En me cuydant faire tresgrant service ;
Ta pitié donc tourne à mon préjudice. »
L'Acteur.
Ce povre homme playé , navré , blessé C'est le peuple , qui est intéressé l Par accidens, il s'entend par practique ■ Qui ronge , mort, destruit le bien publique h ; Et les mouches, declairer le vous vueil , Sont officiers qui sont plains juc à l'oeil
1. Qui est la victime, la proie de; se rapproche ici du sens purement latin, inter esse , être au milieu de.
2. Practique, dans son sens général, c'est le métier de procureur et d'avocat; quand il est pris dans le mauvais sens , ce qui est fréquent à la fin du xv» siècle, il signifie la ruse, la fraude, le pillage organisé, tout état qui permet de voler en se cachant sous une apparence légale.
a. Seneca : Que profutura puîamus sepe gravius nocent.
b. Hesiodus : Paulatim corruit Me Diis invisus homo, cui mens intenta rapinis invigilat, qui jus riolat.
Les folles Entreprises. 45
De la substance du peuple ; c'est la glose ' . L'homme piteux qui les chasser propose S'entend le Roy, congnoissant le malice Des officiers , les mettant hors d'office Sans supposer que d'autres y viendront Qui encor plus que les premiers mordront ; Car ce sont gens mesgres et affamez Qui affin d'estre honorez et famez Veullent ronger sur le peuple et le mordre ; Et n'y scet on en quel estât mettre ordre. Brief, il n'y a homme si tresrusé Qui en ce cas ne se treuve abusé 2.
Aucuns juges jugent à l'adventure a Sans sens , raison , loy , ne clericature , Où justice est subalterne nommée ; Et commettroient plus grande forfaicture S'ilz ne craignoient la Court ? qui , par droicture, Ne veult souffrir justice estre blasmée. Laquelle Court acquiert grant renommée b Par prudence , ainsi qu'il apparest; Car les faultes corrige par arrest Et renverse les sentences malfaictes , Imparfaictes rend selon droit parfaictes
1 . Cela est proverbial , connu de tous ; peut-être ici le poëte veut-il dire : telle est l'explication, la morale, le commentaire de l'histoire précédente.
2. Une des éditions de ijoj donne ne soit treuvi abusé, peut-être pour ne soy treuve.