Bannir
a. Hebre., V : Nec quisquam sumit sibi honorem, sed qui vocatur à Deo tanquam Aaron.
b. Johannis , X : Mercenarius videt lupum venientem et dimittit oves etfugit.
c. Ezech., XXXIIII : Nequè quesierunt pastores gregem meum, sed pascebant s émet ipsos.
Les folles Entreprises. 6$
Pour eulx vestir de sumptueux habiz Yver, esté, sans cueillir herbelettes, Pour sustenter les ouailles ' nettelettes Qui se doivent par les Pasteurs conduire , Hz commettent entreprises follettes , Car c'est à eulx les régir et instruire.
L'Acteur.
Pasteurs, entrez désormais par la porte, Ne cerchez plus la voye ou sente oblique ; Soyez humbles, affin que Dieu supporte Voz simples ouailles quant le serpent les picque; Entretenez parolle evangelique, Gardez d'entrer par les murs, à main forte a\ Ne cerchez plus la voye ou sente oblique : Pasteurs, entrez désormais par la porte.
Se ne observez nostre Foy catholique,
Dedens Enfer vous et vostre cohorte
Trébucherez ; le Renard baselique
De Lucifer, par art dyabolique,
Vous tirera à soy d'estrange sorte ;
Ne cerchez plus la voye ou sente oblique :
Pasteurs, entrez désormais par la porte.
i . Ouailles ne forme que deux syllabes. Il faut pourtant se rappeler que la quantité des mots employés dans la poésie du xvr siècle est parfois difficile à préciser, à cause de la grande licence que se permettoient les poètes de ce temps dans les élisions.
a. Johannis, X : Qui autem inîrat per hostium pastor est ovium.
Gringore I.
66 Gringore.
Le danger où sont les Pasteurs et les ouailles.
En ce beau parc plain de fleurs, de verdure, D'arbres, d'herbes, .fontaines et ruis- Autonne vient pour leurfairelaidure ; [seaulx a, Yver l'ensuyt , qui leur fait peine dure ; Prin temps après raverdit les préaux, Car il esmeut fleurettes, arbres beaulx; L'Esté meurist par Phebus qui domine, Terre produit, mais Mars vient qui chemine, Voulant ravir les belles garnisons ' Que Pastoureaulx font dedens leurs maisons. Lors Antoune recommence sa prise, Yver saisist, et cache traisons En son ventre, faisant Folle Entreprise.
Comme le Pasteur doit garder ses ouailles.
Le bon Pasteur, voyant ses simples ouailles * En tel dangier, et mesmes sa personne , Les doit nourrir de foingz, de grains, de pailles, Les preservans de guerres et batailles, Ou autrement son tropeau mal ordonne ; A celle fin que resistence donne Contre les Loups , le baston pastoral
i . Les provisions.
a. Ovidius : Verque novum stabat sinctum florente coronâ ;
Stabat nuda Estas et sputa serta gtrtbat ; Stabat et Antumnus calcatis sordibus uvis , Etglacialis Hyems canos hirsuta capillos.
b. Ovidius : Immodicabile vutnus ,
En se recidendum est ne pars sinsera trahatur
Les folles Entreprises. 67
Luy est baillé, selon le sens moral, Pour acrocher ses ouailles esgarées; Celles qui sont obstinées en leur mal, Soient pugnies, chassées et séparées.
De la cupidité des Pasteurs.
Cupidité , racine de tous maulx , Dedens les parcs nourristles pastoureaulx , Les abusant par deceptif langaige, Leur présentant des forces ou cizeaulx1, De quoy tondent les brebis et aigneaulxa, Jusques au sang, dedens leur pastouraige; Simonie met en vente l'ouvraige Dont les Pasteurs ont les membres polluz Et les espritz ingratz et dissoluz , Parquoy les Loups, à toute diligence, Trouvent Aigneaulx, Pasteurs, mal resoluz , Chiens sans abboy rempliz de négligence b.
Comment les Pasteurs sont comparez aux Loups.
Il est des Loups cruelz et ravissables, Fiers et pervers, qui font maulx exécrables, Simples aigneaulx dévorent en publique c,
l. Les forces servoient particulièrement à couper les peaux, laines, étoffes.
a. Jeremie, XXIII : Ve pastoribus qui dispergunt tt dilacerant grtgtm pascue mee.
b. Esaie, LV! : Canes muti non valentes latrare.
c. Ezech., XXXIIII . Lac comedebatis , et lanis optriebamini, et quod crassum erat occidebatis , grtgem autem meum non pasctbatis.
68 Gringore.
Car ilz les vont cercher juc aux estables , Pour les ronger, sans estre pitoyables, Les regardant de regard baselique; Brebiettes n'osent faire réplique Contre les Loups qui viennent pour les mordre ; Les Pasteurs vont, comme Loups, voyeoblique, Et sont cause que on face tel desordre.
Ces cruelz Loups s'entendent les seigneurs Qui sont mondains, cabasseurs1, rapineurs, Et se mirent tous les jours à mal faire; Par les Pasteurs s'entend leurs serviteurs , Se2 sont juges, trésoriers, receveurs, Qui reçoivent plus que leur ordinaire ; Par les Aigneaulx s'entend le populaire, Qui est subgect à son souverain prince ; lnvencion 3 le contraint et le pince, Lors justiciers, trésoriers, gens de compte, En rapinant destruisentla province ; [compte a. Au grant Pasteur, c'est Dieu, en rendront
i . Amasseurs de biens ; cabasser, que nous avons déjà vu, pourroit se traduire par le mot grapiller; il a le sens de voler, mais de voler tout à la fois mesquinement, hypocritement et constamment. Rabelais, dans le chap. 54 du premier livre, le donne comme synonyme d'entasser.
2. Ce. Les lecteurs de la Bibliothèque elzevirienne , déjà familiarisés avec les ouvrages de la fin du xve siècle et du commencement du xvi% savent que c'est surtout dans les mots ce , ces , sa, se, que la distinction de l'j et du c n'est pas faite.