Le Cry
C'est une sorte de proclamation par laquelle
et la Politique bourgeoise, lxix
l'auteur convoque le public à venir assister à une représentation qui devra avoir lieu aux Halles de Paris le mardi gras de Tannée 1 5 1 1 . Les jeux dramatiques étoient précédés de ces espèces d'annonces , qui se faisoient sans doute avec quelque solennité. Il est vraisemblable, en effet, de supposer qu'elles exigeoient une véritable mise en scène , qu'elles étoient faites par quelque membre de la corporation qui donnoit les jeux , lequel , habillé d'une façon caractéristique, entouré d'une troupe de ses confrères, et accompagné d'instrumens bruyans, se promenoit par la ville , s'arrêtant aux places et carrefours consacrés par l'habitude, pour y déclamer le plus brillamment possible cette manière d'invitation. Ce Cry, avec la montre ou procession des acteurs revêtus des costumes de leurs rôles, remplaçoit les affiches de ce temps-ci, donnoit la publicité et indiquoit d'une façon pittoresque le rôle et le nom des acteurs. Il'est présumable aussi que l'auteur comptoit un peu sur la prévention favorable que pourroit inspirer son Cry ; du moins celui de Gringore est-il parfaitement soigné. Il s'annonce lestement, marche d'un style vif et gai. Son allure franche , sa forme joviale et son apparence grotesque sont alliées avec une finesse démontrant assez qu'il n'étoit pas fait pour s'adresser à des badauds à longues oreilles. Nous trouvons dans les œuvres de Roger de Collerye (éd. elzevir., 271-276) trois cryz, dont le dernier seulement paroît avoir été destiné à remplir le même but que celui de Gringore. Celui-ci est évidemment le modèle du genre , et il resta dans la mémoire de tous ceux qui , de près ou de loin, eurent à s'occuper des Sotz. On
trouvera citées , dans nos notes sur la Sottie , trois pièces évidemment composées sous l'influence de la forme et des personnages que le Jeu du Prince des Sotz avoit rendus célèbres : Monologue des Sotz Joyeux, etc., Monologue des Nouveaulx Sotz, etc. (Rec. des anciennes Poésies françoises, édit. elzev., tom. III, page 10, tom. I, page 11); Lettres Nouvelles, etc. (Recueil des Variétés historiques , édit. elzevirienne, tom. III, page 141). Dans la première de ces pièces, un passage tout entier semble n'être qu'une copie de ce Cry.