‹ Œuvres complètesChapitre 97 sur 190 · L'ENTREPRISE DE VENISE · texte numérisé non relu

L'ENTREPRISE DE VENISE

Avecques LES CITEZ, CHASTEAUX, FORTERESSES ET PLACES

Ql'E USURPENT LES VEN1C1ENS DES ROYS , PRINCES ET SEIGNEURS CREST1ENS '.

iche cité, située et assise Dessus la mer qu'on dit Adriatique , Qui par ton nom es appelée Venise , Terres d'aultruy as eues par voye Redoubter dois vengence deifique; [oblique;

I. In-8" gothique de 8 ff., 3 strophes par page. Les noms géographiques sont indignement travestis. Pour les éclaircir, nous les aurions rapprochés de documents contemporains — Jean d'Auton et les historiens du même temps nous en auroient probablement donné les moyens , — si nous n'avions trouvé mieux dans le curieux livre : La totale et vraye description de tous les passaiges , lieux et destroictz par lesquclz on peut passer et entrer des Gaules ez Italies, et segnamment par où passèrent Hanibal, Julius César et les treschrestiens , magnanimes et très puissans roys de France, Charlcmagne , Charles VIII, Louis XII, et le trèsillustre roy François à présent régnant premier de ce nom, etc. Paris, Toussaint Denis, in-40, 1 520 (le privilège est du 10 décembre 1 5 1 j ). Si c'est main-

Cringore. I. 10

146 Gringore.

Car qui d'aultruy usurpe l'heritaige , Sur luy en vient la perte et le dommaige.

Veniciens, soyez tristes, pansifz; Considérés par sens ou par folie Que en l'an quattre cens cinquante et six Fut destruicte quasi toute Ytalie , Et mesmement la cité tant jolie, Tresfameuse, dicte Acquileya Par les Hongres et leur roy Athilla.

Gens de villes, chasteaulx, bourgs et vil— Pour le dangier des inconveniens , [lages Estoient fuitifz en isles, marescages; Là saulvoient femmes, enfans et biens; Lors trouvèrent les façons et moyens , Eulx fugitifz, comme j'ay recité, D'édifier Venise la cité.

Veniciens , vous y résidez tous.

Qui vous y mist ? Vous mesmes seulement. Gens assemblés estes, entendez vous, Qui biens d'aultruy prenez injustement.

Il y a jà certes trop longuement

tenant un document géographique précieux , alors ce n'étoit, au fond , qu'un manifeste en faveur des prétentions de la France; aussi, quand, dans une revue sommaire de toute l'Italie, l'auteur en arrive à Venise, il entame la liste des possessions indûment acquises par les Vénitiens : « Aucuns ont aussi voulu dire que iceulx Vénitiens détiennent ce qu'ilz ont de tous leurs circonvoisins, combien qu'ilz vueillent dire le contraire et qu'ilz possèdent tout à bon et à juste tiltre. Et premièrement on dit, etc.» Suit l'énumération , qui répète celle de Gringore, mais avec plus d'exactitude dans les noms. C'étoit le meilleur commentaire que nous en pussions donner : aussi le réimprimons-nous en entier dans les notes qui vont suivre.

L'Entreprise de Venise. 147

Que vous tenez sans seigneur telle terre; Orgueilleux sont humiliez par guerre.

Gens assemblez se sont en vostre ville ; De plusieurs lieux assez s'i en transporte, Et ne vous chault s'ilz ont fait chose ville, Mais que force de denare on vous porte ; Soit bien, soit mal, vous leur ouvrez la porte, Et les faictes bourgoys ainsi que vous : Tout vous est un s'ilz sont saiges ou folz.

Imaginez que vous serez enclos En vostre isle, puis qu'appetés la guerre, Et que perdrés honneur, pecune et los , Quelque chose que vous saches requerre; Chascun prince désire avoir sa terre; Vous usurpez ce qui leur appartient ; Fol est celuy qui faulx procès soubstient.

Pensés à vous bien tost; explorateurs Des biens d'aultruy, songez, imaginez Que vous estes comme ouailles sans pasteurs, Mal conseillez et mal endoctrinez, Quant les terres des princes retenez Et que taschez en eulx discorde mettre; Les disciples sont inconstans sans maistre.

Au vray plusieurs sont informez du cas Que vous tenez de rente en Ytalie , A faulx tiltre, huit cens mille ducas, Dont acoustrez vostre cité jolie.

Or, voyez-vous que noblesse s'alie Pour recouvrer ce que vous usurpés ; Terres d'aultruy sans raison occupés.

Cent vingt et cinq lieues de long tenés ,

148 Gringore.

Soixante et cinq de large, sans doubtance, Des Ytalles; sans raison soubstenés Qu'il sont à vous; c'est mal dit. En substance, Le roy Pépin, treschrestien roy de France, En a donné certaine quantité Dévotement à la papalité.

Les terres qui appartiennent au Pape } que tiennent les Veniciens].

Le dessusdit Pépin trescrestien Voulut donner à l'Eglise Rommaine, Durant le temps du bon pape Adrian , Les deux citez que maintenant ramaine A ce propos, dont prenez le demaine; C'est Ravane et Cerme ; bien savez Que sans cause les deniers en avez.

Considérez vostre forfait, Venise, Et redoubtez vostre maie meschance; Rendez, rendez à catholique Eglise Le don donné par le preux roy de France , Ou vous serez de bien brief en souffrance ; Ne soyez pas rigoureuse et amère A l'Église ; cognoissez la à mère.

Les villes et citez appartenantes à l'Empire que les Veniciens retiennent2.

Il est saison que vous vous désistez De ce qu'avés conquis injustement

1 . Et premièrement on dit qu'ilz détiennent du pape les citez de Ravenne et de Cervie, lesquelles le roy Pépin donna au pape Adrien premier et à la saincte Esglise Rommaine. — Cervia , à quatre lieues de Ravenne , est sur le bord du golfe de Venise.

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