‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

En quels termes t'est affirmée Ja nouvelle école. — Examen <fc quelques tableaux de G. Cousbet : 1° les Paysans de Flagey ou le Retour de la foire.

Puisque le réalisme a reçu son nom de M. Courbet; que c'est lui qui, par le talent autant que par l'audace, exprime le plus énergiquement la tendance actuelle ; qu'en dernier lieu c'est son tableau des Curés revenant de la conférence qui m'a fourni l'occasion de cette étude, on me pardonnera de m'attacher plus spécialement à cet artiste. Je n'entends point pour cela confisquer ou nier à son profit aucun talent analogue au sien, aucune participation légitime dans la révolution dont il est le porte-drapeau, aucune gloire méritée. Ce n'est pas quand je prêche l'égalité et me moque des grands hommes, quand je combats de toute ma force pour établir d'une manière définitive la prédominance du droit sur l'idéal; quand je vais jusqu'à applaudir à la furie iconoclaste ; ce n'est pas à ce moment-là que j'irai prendre parmi mes contemporains un peintre, si grand qu'il soit dans son art, pour en faire une idole. En bornant mes observations à un

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rpetit nombre de tableaux, comme je l'ai fait à propos «des classiques, romantiques, peintres de guerre m de genre, et en demandant ces tableaux k un seul •artiste, parce qu'éloigné pendant près de cinq ans de mon pays, je n'ai pas pu connaître les autres, je laite réserve expresse, en faveur de qui de droit, des titres acquis et des éloges mérités.

On a dit de Courbet qu'il ne faisait que continuer le mrturmiisme hollandais. Gela est mi dans une eenaiaè mesure; ce serait un préjugé fteheux contre Courbet s'il ne descendait de persome, s'il ne continuait rien dans l'bumamté. Mais Courbet est un Français du Jura, non un Hollandais du Zuyderzée ; il est né catholique et n'a rien du protestantisme; ajoutez que depuis l'époque où fleurirent les grands peintres de la Hollande et de la Flandre, Rembrandt, Tan der Heïst, Ténias, etc., le monde a vu se succéder bien des hommes, bien des idées et bien des événements. Nous avons eu le siècle de Louis XIV et celui de Voltaire \ la philosophie allemande cd'la Révolution. Nous avons eu, en peinture comme en politique, cette longue rétrogradation de *799 à 1863, assaisonnée de romantisme, d'éclectisme, de socialisme, dé chauvinisme; d'Ôpicarisme, de lâcheté profonde et de vénalité universelle. Il estimpossîMe que nous ne retréuvions pad quelque cbose de tout cela dans lés œuvres du maître fraoc-comtois; et ceux qui lui reprochent, ainsi qu'à

ses confrères de la même école, de n'être que des continuateurs, font déjà preuve de peu de justice. La fantaisie dans Fart a fait son temps ; sa seule ressource désormais est de servir la raison moderne : commençons donc avec lui par raisonner juste.

J'ai fait précédemment la critique des Moissonneurs de Léopold Robert, sorte de transition entre l'idéalisme des classiques et romantiques, et le réalisme de la nouvelle école. Mettons en regard de ce tableau une œuvre du même genre de Courbet, les Paysans de Flagey, ou le Retour de la foire.

Nous sommes loin ici des paysans adonisés de L. Robert, plus loin encore peut-être de ces fiers républicains que Rembrandt et van der Helst ont représentés, l'un dans la Bonde de nuit, l'autre dans le Banquet des arquebusiers, et sur lesquels, tout en conservant la ressemblance des personnes et des types, ils n'ont pu s'empêcher de répandre un certain reflet de gloire, transporté de la face des dieux. Ici nulle pose, nulle flatterie; pas le plus léger soupçon d'une figure idéale. Tout est vrai, saisi sur nature ; non que je veuille dire que les figures soient des portraits ; mais elles sont telles que vous croyez les avoir rencontrées partout; la scène enfin, dans son ensemble et ses détails, d'une vérité, d'une naïveté telle, que vous êtes tenté d'accuser le peintre d'avoir totalement manqué d'invention et de vous avoir donné un daguerréotype

pour une œuvre d'art. Mais arrêtez-vous un instant sui ee réalisme aux apparences vulgaires, et vous sentirez bientôt que sous cette vulgarité se cache une profondeur d'observation qui est, selon moi, le vrai point de Fart. Il en est de la simplicité des grands peintres comme de celle de§ grands écrivains : rien de plus facile au premier coup d'œil; il n'y a qu'à parler comme tout le monde; essayez-en, et vous verrez, comme dit la chanson, si vous réussirez.

La scène se passe vers 1830, peu avant, peu après, sous la charte constitutionnelle, trente ans au moins après la première Révolution. Sur le premier plan, un homme se présente en habit long, culotte courte, chapeau tricorne , son parapluie de coton sous le bras, sa pipe à la bouche, chassant devant lui un jeune porc destiné à l'engraissement. Plus loin sont deux paysans en blouse, montés sur des chevaux qu'ils ramènent aussi du marché, l'un d'âge mûr, au maintien grave, l'autre jeune homme, le visage tourné vers une jeune fille qui suit par derrière avec le reste de la compagnie. D'autres conduisent des bœufs, etc.; je néglige ces détails. Tout cela n'a rien de fort intéressant, et, avec nos habitudes de tableaux d'église, d'histoire ancienne, de drame shakespearien ou de mythologie grecque, on se demande si c'est une enseigne d'auberge qu'on a devant les yeux, ou un tableau destiné à la halle. Il n'a pas fallu, se dit-on, un

grand effort d'imagination au peintre pour combiner tout cela. Et puis, à quoi bon toutes ces trivialités? Allons à la foire, à l'écurie, nous en venons tout autant. Pourtant ces f ens causent, les propos se croisent; nous pouvons, à leurs physionomies, deviner sinon ce qu'ils disent, au moins ce qu'ils pensent. Peutêtre ceci nous intéressera davantage.

L'homme au eochon se définît de lui-même par son accoutrement. C'est un pefit propriétaire villageois qui, dès le printemps, songe à ses provisions d'hiver. H a ftdt partie de la réquisition de dix-huit à vingt-cinq, m «93, et iî a vu le Rhin : c'est de ïà qu'il aura rapporté l'habitude de fumer. Il est allé à la foire (à Besançon) d'abord pour faire empiète d'un nourrisson, puis ponr toucher le quartier ëchu d'une petite pension qu'il a gagnée à la guerre contre les émigrés. Revenu de ses campagnes, il a repris la vie rustique, et vous ne devineriez guère en lui un héros de la république. Son air n'a rien du tout de martial : rendu ià son foyer, le soldat français se retrouve Gros-Jkan comme devant. Cependant, ne vous y trompez pas, tel que vous le voyez, occupé de son cochon, serrant sa pipe entre ses dents, le bonhomme a des opinions arrêtées : c'est un défaut qu'il s'est inoculé en 89; il est têtu : si le tremblement de la Révolution est peu de son goût, il garde encore plus rancune à l'ancien régime, et viennent les journées de juillet 1830, il sera des premiers à se

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rallier au drapeau tricolore contre les prêtres et contre les nobles.

L'homme d'âge mûr, qui revient à cheval, est le

paysan riche, maire de sa commune, à la tête d'une

exploitation importante. C'est un personnage officiel,

-et qtti, sous la bfyase, sait garder son rang, parlant

peu et avec discrétion, d'opinions modérées, aimant

<ki reste à couvrir sa responsabilité sous une autorité

supérieure. Les grands ambitieux sont rares en France ;

il est remarquable que les généraux de la république

tf eurent tous que la velléité du pouvoir, un seul ex-

■oepté, qui par sa race, sa langue, son éducation do*

mestiquç, n'était pas Français, Napoléon Bonaparte.

La figure grave et réservée de notre maire trahit à

merveille l'esprit positif «de ce satisfait rustique,

homme d'ordre, fier de la beauté de ses chevaux, qni

sait le proverbe : Tant vaut la bâte, tant vaut l'homme ;

et qui, électeur censitaire, jugeant au-dessous de sa

dignité de foire de l'opposition, vote pour le candidat

ministériel —11 est;acoo*pagné de son 111s, jeune gars,

qu'il vient d'assener croître le mqte de conscripti«,

et qni, die son côté, ne tfertt pas te moins du monde à

devenir un fik de l* Victoire. U tfy* pas m monde

d'homme moins avide des iarôers 4e Mars tpté le

paysan français. OeloHei, <la 'haut dte sa monture,

échange im sourire avec la paysanne à pied. Est-ce

sa fiancée? Non : la fiancée du fils de M. le maire ne

voyagerait pas seule, à pied, perdue dans la foule. Est-ce sa maltresse? Pas davantage. En fait de mariage, le paysan franc-comtois ne va qu'à pas comptés; la mésalliance lui est aussi antipathique qu'au bourgeois et au noble. Quant aux amours libres, il y regarde à deux fois; il en redoute Je scandale et les inconvénients; surtout il ne les affiche pas, et tant que vous le voyez galant, tenez pour sûr qu'il n'y a rien. De son côté, la jeune fille, tout en souriant à un témoignage qui l'honore, sait imposer silence à son cœur : elle ne croit guère à un mariage aussi disproportionné, et pour qu'elle s'engage dans des relations d'une autre espèce, il faudrait qu'elle eût déjà fait bien du chemin !

Voilà le paysan de Franche-Comté; disons plutôt: voilà le paysan français, dans la sincérité de sa nature, à trente ou quarante années de la Révolution, dans une des mille scènes de la vie provinciale. Yoilà la France rustique, avec son humeur indécise et son esprit positif, sa langue simple, ses passions douces, son style sans emphase, sa pensée plus près de terre que des nues, ses mœurs également éloignées de la démocratie et de la démagogie, sa préférence décidée pour les façons communes, éloignée de toute exaltation idéaliste, heureuse quand elle peut conserver sa médiocrité honnête sous une autorité tempérée, dans ce juste milieu aux bonnes gens si cher, et qui, hélas ! cons-

tamraent les trahit. Ce qui caractérise en effet notre peuple; ce que vous retrouverez dans toutes les classes de la société française, sans distinction de fortune, d'âge ni de sexe, avant que l'emportement du siècle en ait altéré le naturel, c'est un tempérament modéré, un caractère uni, des mœurs égales, nulle ambition du commandement, moins de disposition encore à la révolte, et la plus profonde antipathie pour tout ce qui s'écarte de la route vulgaire. Dans les Paysans de Flagey, tout le monde, à son point de vue, dans le cercle de ses idées et de ses intérêts, peut se dire partisan du juste milieu : le maire, dans l'exercice de son autorité, est un juste milieu ; le vieux soldat, dans son appréciation tles gouvernements qui se sont succédé depuis 89, critiquant, blâmant tour à tour la république, l'empereur, les Bourbons, sceptique, méfiant, ne sachant pour qui se prononcer, est aussi du juste milieu; le jeune homme et la jeune fille, enfin, au moment où leurs cœurs semblent s'élancer l'un vers l'autre, sur la flamme de leurs regards, restent dans le milieu que leur sentiment, plus prudent que passionné, leur assigne.

Certes, l'étranger qui n'aurait appris à nous connaître que par les chefs-d'œuvre de notre littérature, puis par le scénario de notre Révolution, par la Marseillaise, les Victoires et Conquêtes, les discours de nos tribuns, le partage de nos journalistes et de

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nos commis voyageurs, aurait peine à reconnaître des Français natifs dans la très-exacte $t trèsvéridique effigie que nous venons d'analyser : « Combien, se dirait-il, cette race est au-dessous de «elle qu'a peinte L. Robert dans ses Moissonneurs! Quelles physionomies communes! quelle absente de distinction, de noblesse dans toutes ces figures!...» Voilà pourtant ce que nous sonates tous d'origine; *oilà la souche d'où nos pères sont sortis, et sur laquelle notre postérité continuera de fleurir , pourvu toutefois que le ver de la irruption moderne ne nous ait pas déjà piqués à mort. Race singulière, «apeMe de tous les élans du génie, de tous les éclats de la passion, de toutes les sublimités de l'enthousiasme, de tous les engouements de la nouveauté elle-méxne, mais qui toujours revient avec délices à son honnête milieu, *u calme de ses habitudes, au modérantisme de ses opinions,^ l'indécision de son tempérament.

Sans doute aous ne sommes pas aujourd'hui, à Paris surtout, tedstjwe j'ai essayé, pour expliquer le tableau de Gourbct, de nous dépeindre. Notre juste milieu politique a abouti à une honteuse destitution» Cotte estime de la médiocrité qui distinguait nos pères a fait pkoeaui impatiences de l'industrialisme, aux convoitises de l'agiotage; nous avons dépouillé, pour une phraséologie prétentieuse et pleine de sophismes, notre bon sais gaulois, et l'excentricité des jouissances nous

fait trouver insipide la modestie des vielles mœurs. La galanterie française, autrefois si vantée, était une forme d'urbanité sous laquelle -se cachait me rata*, maltresse de l'amour, et de taqueHe naissait, avec la saMeté des fomilles, la forée des caractères. Maintenant nous avons contracté d'autres habitudes : la galanterie <ftez les messieurs n'est pas pour rire, et !a coquetterie chez les dames a sa signification. Le paysan, comme le citadin, poursuit avant tout, on mariage, l'argent, et cherche des dédommagements à sa passion dans la corruption des Mirantes et des filles du peuple, ta lâcheté des consciences est te fruit delà lâcheté des amours.

Hais celle transformation incessante des mœurs *t des idées est justement 4a condition principale et, par srite, le gage de la perpôtafcé de l'art nouveau, fin mène temps que nous demandons, dans l'intérêt supérieur de rééducation sociale, de idëles représentations de nous-mêmes, -nous tenons à te que ces mêmes représentations deviennent pour la postérité des constatations historiques. Supposez que l'auteur des Assoit* de Fiagey ait relevé, comme on dit, d'un rayon d'idéal ces figures véridiques, ennoblissant ieur geste, rehaussant leur attitude: l'effet eût été manqué. Il aurait fait un tableau agréable comme celui de L. Bftfeeit : c'est-à-dire que nous aurions de plus une uuvre fausse, classique ou romantique dans sa coa-

ception, mais banale dans ses élégances, commune avec sa recherche; une œuvre sans originalité, sans ( portée, sans idée, nulle pour l'art, inutile aux hommes du présent et à ceux de l'avenir. Eh ! que ne donnerions-nous pas pour contempler aujourd'hui dans leur vie intime, dans leurs occupations domestiques et leurs affaires de ménage, les Romains du temps de Fabricius et des Scipions; les Grecs de Solon, de Thémistocle, de Périclès; les Carthaginois d'Annibal et les Gaulois deVercingétorix! Quel commentaire pour l'histoire ! quelle révélation pour la science des mœurs! Peut-être disparaîtrons-nous à notre tour de la scène du monde : ce qui est indubitable, c'est que d'ici à quelques siècles nous aurons changé. Dans trois cents ans, notre postérité ne nous ressemblera pas plus que les Flamands et les Hollandais d'aujourd'hui ne ressemblent, pour le costume, les pensées, les mœurs, aux contemporains de Rubens et de Rembrandt. Croyez-vous qu'alors des tableaux comme celui de Courbet n'acquièrent pas, aux yeux des générations futures, comme souvenirs de famille, et abstraction faite du talent de l'artiste, cent fois plus de valeur que toutes les fantaisies et illustrations des David, des Delacroix et des Ingres?

Le tableau des Paysans de Flagey est , au jugement de ceux qui soutiennent de leur approbation la nouvelle peinture, un des meilleurs de Courbet. Exposé au Salon de 1851, avec les Casseurs de 'pierres et YEnter-

rement à Ornons, dont nous parlerons plus bas, ail fit pousser, dit un critique, des cris de surprise, de répugnance et d'admiration. Courbet venait de frapper fort comme un hercule de foire. Les critiques s'indignèrent au nom de la noblesse, de l'élégance du style et de tous les commandements de l'Académie, d

Je ne veux disputer ni sur la noblesse, ni sur l'élégance, ni sur la pose, ni sur le style, ni sur le geste, ni sur rien de ce qui constitue l'exécution d'une oeuvre d'art et qui fait l'objet habituel de la vieille critique. Je serais même assez disposé à déclarer que je n'entends absolument rien à ces choses , et que je m'en félicite. Courbet possède, comme artiste, de puissantes qualités qu'on ne lui refuse guère ; il a aussi ses défauts, dont je n'entends aucunement lui faire un mérite. Je serais fort surpris qu'il n'en eût pas, et même de très-grands. Tout continuateur qu'il est de l'école hollandaise, Courbet est novateur, radicalement novateur; il ne se connaît pas encore bien lui-même, et j'en donnerai la preuve; il n'est soutenu, éclairé, redressé ni parle public, qui ne le comprend pas mieux qu'il ne comprend la peinture classique et romantique, et ne sait où il en veut venir; ni par la critique, littéralement aveugle; ni par les maîtres. Comment ne trébucheraitil pas à chaque instant? Quel est donc l'art qui s'est produit du premier coup par des œuvres sans reproche? Oublie-t-on que dans la Grèce de Périclès, dans celle

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d'Alexandre, les statues qui attknîent te plus iadéro» tfcn de la foule étaient les ptas* vieilles, des figures sans mouvement, sans geste, sans idéal, presque aiformes , premiers essais 4e ta religion et de Fart? Eh bien f je vous le dis, nous assistais en ee moment à la naissance de quelque chose qui, en peinture, sera ptas grand que tout ee qu'ont hissé tes anciens et les modernes, si notre folie ne parvient pas à l'étouffer* Nesdè quel majus na&cikir Hkde. Ce que je demande, en conséquence , c'est que Y<m ne juge pas le novateur arec le préjugé qu'il vent détruire ; c'est qu'on applique à un art nouveau «ne orîtîque nouvelle ; qu'on Fapprécîe en lui-même, comme le philosophe qui , ayant à faire la critique d'une idée , d'une théorie, d'un système, se garde bien de juger de ee système d'après sa conformité on sa mœ^conformité avec tel autre; il le prend dans son principe ; il s'assure de sa logique ; il vérifie s'il se recèle pas de contradiction, s'il rend compte de fous les foits, s'il répond à tous tes problèmes que pose la philosophie.

Qu'est-ce que l'art et quelle est sa destination sociale?

NOUS l'avons *t, fAâT **t nme reprêsentêtim idëntàte de fa mtmre et de tuxiêmênes, en vue 4ù pêrfectiomemcnt physique et moral de notre espèce.

D'après fcètte dGRmtion , qui suppose dans l'esprit humain «ne faculté esthétique on idéaliste, de même

«pie la législation suppose en nous une faculté juridique, bous avons passé en revue les diverses manifestations de Tait depuis tés temps les plus anciens jusqu'à nos jours; nous artns constaté qu'en «effet tel avait été le bat et l'effet de l'art, quekjpe forme «qu'il eAt prise et quels que fussent ses moyens; qu'il était tombé chaque fois qu'il avait oublié sa mission hautement morale et hygiénique; que l'idéal s'étendant à far et mesure des progrès de la raîsca, l'art avait dû, à différentes époques , renouveler ses moyens , et que nous étions arrivés précisément à l'une de «es époques 06, l'idéalisme antérieur étant dépourvu de sens, inintelligible, une rénovation complète de l'art est nécessaire. Cet idéalisme consiste ne» pins en de vaines personniieations, que la puissance d'abstraction de nos tangues et nos méthodes de raisonnement <mt rendues inutiles; non pas davantage dans des représentations soit de la beauté du corps, soit de la sainteté de rame, beauté et sainteté que la contemplation artistique s'efforçait d'élever jusqu'à l'idéal : cette redierche de la perfection est désormais considérée par nous comme chimérique, inutile , partant contraire à la raison pratique et au but de l'art. Notre idéalisme, à mous, consiste à nous apprendre nous-mêmes, à nous amender jour par jour, non d'après des types conçus « priori et plus ou moins ingénieusement figurés, maïs d'après les données que fournissent incessamment l'expérience

et l'observation philosophique. Dans ces conditions, l'œuvre de l'artiste ne peut, sous prétexte de noblesse ou de grossièreté, rien exclure; elle embrasse dans son cadre, illimité comme le progrès lui-même, toute la vie humaine, heureuse et malheureuse, tous les sentiments, toutes les pensées de l'humanité.

Quoi ! vous parlez d'idéal, et votre idéalisme , impuissant à faire parler la nature, ne repose que sur les chimères de votre imagination, sur les abstractions de votre esprit et les ébullitions impuissantes de votre cœur! Car, enfin, vos dieux, vos saints, vos grands hommes, tous ces personnages historiques, féeriques, dramatiques, allégoriques, romanesques et chevaleresques, tous ceux même, plus voisins de la réalité, que vous faites figurer dans vos paysages, vos marines, vos tableaux de genre, qu'est-ce que tout cela , sinon imagination, abstraction, chimère, bien plus, aveu d'impuissance? Vous parlez d'invention, de création, de liberté ! et vous n'avez jamais fait que vous traîner à la suite des mythologues, des théosophes, des poètes, des romanciers, des fabliaux, des historiographes, comme si l'art n'existait que pour illustrer la révélation, l'épopée, la comédie ou l'histoire; comme si l'artiste était incapable de penser par lui-même, de choisir ses types, de produire ses idées I

Comment! vous avez devant vous des hommes, .vos compatriotes, vos contemporains, vos frères, des êtres

qui pensent, qui agissent, qui souffrent, qui aiment, qui ont des passions, des intérêts, des idées, où l'idéal respire enfin, et votre pinceau, classiqu ou romantique, élégant et noble, les dédaigne ! vous affectez de ne les point apercevoir ! vous lie sauriez quel parti en tirer 1 Yous nous donnez à leur place des héros de théâtre, des personnages de romans, des vierges du paradis, ou, ce qui revient à peu près au même pour nous autres, des noms historiques, des citoyens du Maroc ou de l'Arabie, une fantasmagorie, des ombres chinoises! Savez-vous l'idée que vous me faites venir avec votre prétendu idéal ? C'est que vous n'avez point d'idéal du tout, que votre âme est à sec, que vous n'êtes propres qu'à faire des pantins , des poupées , des mannequins, des charges pour le Charivari ou des figurines pour le journal des modes. De la forme ) nous en avons de reste ; on vous l'a dit , il n'y a plus rien à faire pour vous de ce côté depuis les Grecs. Ce que l'on vous demande à cette heure, c'est, à travers la forme, de nous faire voir l'esprit. Pour cela , je vous en préviens , il vous faut une puissance d'idéal bien autrement grande que celle qui fit découvrir les fesses de Vénus ou le nez d'Apollon.

Oui, oui, Courbet a ses défauts ; je vous les passe tous, j'en ai appris moi-même quelque chose. Mais qu'on le critique en vertu de son idée , qu'on le juge d'après la loi qu'il s'est faite; surtout qu'on n'ameute

pas contre lui les badauds, en criant à i'inélégaace, à l'ignoble! Car, fût-il cent fois ptys défectueux encore, d'un mot il vous écrase tous* çt oe i/aot, que j'ai recueilli de sa bouche, aussi profond que» spirituel, vaut cojpme démonstration un de ses tableaux : <t Vous qui prétendez représenter Charlemagoe, César et Jésus- Christ lui-même, sauriez -vous Caire le portrait de votre père?» ,

là. SOOVELLfi ÉCOLB P»

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