ACTE II, SCENE VIII
On doit signer ce soir, et nous serons joyeux.
Nous rirons entre nous comme nos bons aïeux.
J'ai banni l'importun , la triste indifférence ,
Les amis simulés et la sotte importance :
On gêne un sentiment qu'on ne partage pas.
Je cherche le plaisir , j'évite l'embarras,
Et déjà je croîs voir l'amour et la jeunesse
Se livrer sans contrainte à leur touchante ivresse.
MADAME DE LIMETJIL.
Oui.... VOUS avez raison.
DE LIHETJIL.
• Ce tableau vous plaira.
Valville est agréable , il vous amusera.
Oui, beaucoup.
DE LIMEUIL
Vous verrez mon aimable Angélique , Tendre avec modestie... Oh! c'est un couple unique.
MADAME DE LIMEUIL
Oui.
DE LIMEUIL
Je donne deux jours au cérémonial :
Il faut s'y conformer, quoique ce soit un mal. Ces deux jours écoulés, je pars pour la campagne... Angélique, mon gendre, une sage compagne...
MADAME DE LIMEUIL
Ah!
DE LIMEUIL
Rempliront mon cœur, combleront mes désirs.. Et toujours plus aimés , charmeront mes loisirs.
i68 LA JOUEUSE.
C'est là que tu verras Tétonnante nature
Ouvrir son sein fécond, céder à la culture,
Et l'honnête homme heureux recueillir ses trésors.
Si pour les arracher il fait quelques efforts,
Il en jouit en paix dans son obscur asile ,
Et les simples vertus ornent son domicile.
( Ici madame de Lîmenil s^attendrit par degrés. )
Les paysans sont vrai$ , nous les rechercherons ; Nous leur ferons du bien , et nous les aimerons : Un prince vertueux nous en donne l'exemple. ( * ) La France le chérit , l'Europe le contemple. A ses yeux paternels ses sujets sont égaux ; Il respire pour eux, il efface leurs maux; Il règne par l'amour et par la bien&isance , Et c'est sur ses vertus qu'il fonde sa puissance.
MADAME DE LIMEUIL
Vous avez pour bien peindre un talent enchanteur... J'admire... de vos traits le coloris flatteur... Mille objets... tour à tour... par ce touchant langage , Brillent d'un nouveau lustre et le rendent au sage.
DE LIMEUIL
D'estimables voisins sans doute nous verront. Et je crois qu'à leur tour ils vous estimeront. Vous êtes modérée, honnête, douce, affable, Et voilà ce qui rend une femme agréable. Vous n'aurez qu'à vouloir , et l'on vous chérira. Le ton d'un campagnard d'abord vous ennuîra ;
{*) Ces vers indiquent quelle était encore à cette époque Topiniou j^ubliqae.