‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 131 sur 365 · PICARD, LOUISON · texte numérisé non relu

PICARD, LOUISON

LOUISON

Nous voilà donc enfin commensaux du même hôtel.

PICARD

Oui, ma charmante» Nous logeons sous le mêmei. toit , en attendant mieux.

LOUISON

Ah! tu en reviens toujours à tes folies.

PICARD

Est-ce être fou que vouloir t'épouser ?

LOUISON

Sans doute, quand la chose est impossible.

PICARD

Impossible! Et pourquoi?

LOUISON

Veux-tu que je te dise ? le mariage n'est fait que pojur les gens opulens. Nous autres pauvres diables ,

2o6 i;ORPHELINE.

qui contractons au service ITiabitude de T^isance et de la paresse , sommes-nous propres à entrer en ménage ?

PIC AR D

L'aisance et la paresse ! Sais-tu ce que le sort nous réserve ? Qui t'a dit que nous ne ferons p^as une fortune, et que tu ne pourras pas enfin te livrer à. ta passion dominante?

LOUISON

Je conviens que j'aime le repos, et que je ferais un cas particulier de l'être aimable qui m'en assurerait la jouissance ; mais cela te paraît-il bien aisé?

PICARD

Rien de plus facile , mon cœur. Pour faire fortune au service, il ne faut que connaître ses maîtres et flatter, leurs passions. J'ai servi deux ans le marquis de Verville; je lui ai rendu de ces bons offices que *les grands seigneurs n'oublient jamais , et qu'ils paient au poids de l'or.

LOUISON

Monsieur Picard, vous n'êtes pas délicat.

PICARD

Au contraire, mon enfant. C'est par excès de délicatesse que je n'y ai pas regardé de si près. J'ai envisagé comme excellens tous les moyens de me rapprocher de ma Louison.

LOCJISON.

Je dois au moins te savoir gré du motif.

PICARD

Je t'assure que si le comte d'Elmont, mon nou-

Page 1