ACTE I, SCENE XI
p'elmont.
Je conçois que tu peux avoir raison.
VERVILLE
C'est fort heureux. Il faut d'abord barrer le clier Yalbourg; dans ses projets , s'il en a , ce qui est trèspossible. Je connais la marche de ces vieux garçons. Us s'introduisent dans une maison sous le titre spécieux d'amis ; peu à peu ils établissent leur empire ; ils écartent les importuns , ne laissent voir qu'eux, se font voir souvent, rendent de fréquens services, éloignent la défiance par un extérieur réservé, aus* tère même , ne présentent leur amour que sous l'innocente apparence de l'amitié, font naître enfin une sécurité parfaite, et, toujours maîtres de leurs sens, attendent le moment favorable , le saisissent sans qu'on ait prévu leur triomphe , et abandonnent ensuite la poulette à un jeune amant bien ardent , bien honnête , qui répare tout par un bon et solide mariage. Tu m'avoueras que ceci vaut la peine qu'on y pense.
d'elmont.
Je ne sais quel parti prendre. Ami cruel, si tii me montres le danger, indique -moi les moyens de m'y soustraire.
VERVILLE
Voilà ce qui s'appelle parler. Dans l'état où je vois les choses , il n'y a qu'un expédient.
d'elmobtt- Et c'est...
VERVILLE
D'enlever.
d'elmont.
Grand Dieu ! Tourmenter une infortunée à qui je ne dois que des hommages! manquer cruellement à ma mère ! )
VERVILLE
Aimes-tu mieux te manquer à toi-même ? L'homme est né pour le plaisir. Le rigoriste le laisse échapper ; le sage le fixe, et s'embarrasse peu de l'opinion des sots. Au reste, je ne prétends pas te forcer à être heureux. Que les Valbourg et ses semblables commencent l'éducation de Julie, tu la finiras eâsuité. Cette issue n'est pas la plus flatteuse ; mais c'est au moins la plus sûre.
d'elmont.
Tu me fais frémir. Tes raisons ne me paraissent pas convaincantes ; cependant je n'ai rien de persuasif à leur opposer. Ton expérience, ton usage du monde, te donnent sur moi un ascendant que contredit ma raison , et auquel je ne peux me soustraire.
VERVILLE
Laisse-toi donc conduire, et sache t'en rapporter à des yeux plus clairvoyans que les tiens. Je t'ai donné un certain Picard, qui doit te servir utilement dans ^ ces sortes d'affaires. C'est un trésor dont je me suis privé pour toi. Pas de limier qui ait le nez aussi fin; pas de gibier qui lui échappe. Ce drôle-là m'a rendu des services essentiels , et il est presque aussi capable que moi de guider ton inexpérience. Faisons - le ve-