ACTE II, SCÈNE XIII
FORFANVILLE.
Mais , autrefois , mon ami , vous n'aviez d'affaires que i^os plaisirs.
KERSALEC.
J'étais jeune alors, et quinze ans changent un homme. Au reste, mes amis, je peux, sans déranger mon commerce, demeurer avec vous deux ou trois mois , et j'espère que nous les passerons gaîment.
MADEMOISELLE DE KERSALEC, arec satisfaction.
Ah ! mon oncle fait commerce ?
KERSALEC.
Pourquoi pas , mademoiselle ? Auriez-vous sur cette profession les préjugés qu'adoptent la plupart de nos gentilshommes ?
MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Oh! non certainement, mon oncle.
KERSALEC
Je me rappelle qu'autrefois Forfanville tenait à ces chimères. Je l'ai prié de vous élever tout simplement; de vous éloigner de ces airs de hauteur qui ne conviennent pas même à une femme qui a de la foHune , et je vois avec plaisir qu'il a suivi mes instructions.
MADAME DE FORFANVILLE.
Oui , à la lettre , monsieur. Vous seriez enchanté si vous saviez combien il a soigné l'éducation de ma* demoiselle ; combien elle répond à ses soins.
FORFAirVILLE, à pan.
Madame, vous abusez de ma situation.
356 LE MARCHAND PREVONCAL.
MADAME DE FORFAWVILLE.
( jipart,) Laissons-le respirer un moment. (HâûL) Mais par quel hasard monsieur est -il commerçant? Je me souviens qu'autrefois il avait l'honneur de servir dans la marine royale.
KERSALEC.
Je n'ai pas quitté le service , madame ! Soldat en temps de guerre ; marchand , quatid je ne suis pas emr ployé , j'accorde mes devoirs et mes intérêts.
FORFAN VILLE, à part.
Encore un marchand!
M A.DEM01SELLE DE KER S ÂLEG , àpart.
Ah ! Fabrice , quelle agréable surprise !
KERSALEC.
Je suis , vous le savez , un cadet de Bretagne , et par conséquent , exhérédé dès ma naissance. Cette coutume n'a pas le sens commun ; mais elle a force de loi ; elle accommode les aînés , et mon frère , à la mort de notre père ^ s'établit dans ses biens. Il trouva une fortune toute faite , et la dissipa : c'est assez la règle. Malheureusement, il a laissé une fille qui n'a rien , et rarement , dans ce pays-ci , on prend une fetnme sans dot; mais j'ai envie de l'emmener en Amérique. J'y connais des gens qui comptent encore pour quelque chose la beauté et la sagesse. Ma nièce est jolie , et près de vous , madame , elle doit avoir trouvé l'exemple et le précepte.
MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Je me suis efforcée, monsieur, de me rendre.digne de vous; mais je voudrais....