MADAME DE F OR F AIT VILLE
Il a déjà donné son avis.
KERSALEC.
Le parti est convenable, sans doute, puisqu'il se tait. Pressons la conclusion. Je raisonne en spéculateur, et je dis qu'on ne peut terminer trop tôt un marché avantageux.
MADEMOISELLE DE KERS ALE C , à part.
Oh! il est charmant! il est charinant!
KERSALEC.
A propos , madame , vous me demandiez tout à l'heure par quel hasard je suis devenu marchand. Parvenu à l'âge de réfléchir, et réduit à mes appointemens, j'ai senti la nécessité de valoir quelque chose. J'ai appris mon métier , que je faisais par routine , comme beaucoup de mes camarades, et je me suis
mis en état de commander une frégate que l'on m'a confiée. Quelques actions heureuses m'ont fait distinguer, et la paix s'est faite quand on pensait à m'avancer. J'avais quelque droit aux grâces de la cour; inais j'ai mieux aimé les avoir méritées , que les avoir obtenues , et devoir mon aisance à ma seule industrie. Il est dur, pour un homme qui pense, d'être à charge à l'état , et , avec du courage et de la constance , il ffst rare qu'on ne surmonte pas l'adversité. J'ai pris le parti du commerce, et j'ai réussi dacws mes entreprifses; mais je n'attends pas avec moins d'impatience le moment d'être utile à ma patrie; je n'en suis pas moins disposé à lui offrir mon sang , et le jour où il coulera pour elle sera le plus beau de nia vie.
MADEMOISELLE DE KERSALEC.
Ah ! mon oncle , mon digne oncle !
FORFANVILLE.
Ma foi, monsieur, je n'aurais pas cru....
KERSALEC.
Vous paraissez étonnés de me trouver le sens commun. Autrefois, mon cher Forfanville, nous déraisonnions ensemble, et nous n'estimions que la noblesse et notre épée ; mais , mon cher , en passant et repassant la ligne, je me suis défait de ces idées gothiques, et maintenant je ne connais, moi, que deux ordres dans l'état , les honnêtes gens et les fripons.
MADAME DE FO RF AN VILLE , bas , à son mari.
Dans lequel des deux ordres vous rangez -vous, monsieur?