ACTE II, SCENE V
CHARLES
Tout , mon ami , et elle vient de se montrer plus confiante que moi.
BAZILR.
C'est joli , ça. Parlez-moi d'une femme qui n'perd pas la tête. Ah ça , et ce monsieur ?
CAROLINE
C'eçt le digne frère de Charles.
B AZJLE. '
C*est un brave garçon , pas vrai ? Vlà comme vous êtes , vous autres : vous avez toujours peur. J'étions sûr, rien qu'à le voir, que ce monsieur -là était honnête et loyal. Dame , c'est que j'ons le tact pour vous dévisager un homme. Et où ce qu'il est allé ?
CHARLES
Parler à mon père, mon cher Bazile, et le gagner s'il est possible.
BAZILE
Vlà ce qui s'appelle un frère ; mais pourquoi que tu n'y vas pas, toi? On fait toujours mieux ses affaires soi-même que par ambassadeur.
CHARLEJ5.
Je crains....
BAZILE
Quoi! n'as-tu pas peur qu'i' t'batte ! Que ton frère lui parle le premier , à la bonne heure : il essuiera la bourrasque. Tu viendras ensuite , et ton père aura la langue morte , car enfin , on ne peut pas toujours crier.
4io CHARLES ET CAROUNE.
CHARLES
Ah ! si j'osais....
BAZILE
Tiens , Charles , les absens avont toujours tort ; mais juge des autres par toi-même. Si ta Cécile, dans queuques années , se brouillait avec toi ; qu'a vînt par après te demander pardon, est-ce que tu la rebuterais, réponds? Est-ce que t'en aurais Tcourage ? Hé ben ! mon ami , je descendons tous du bon père Adam , je sommes tous pétris du même limon. Ton père n'sera pas plus dur que tu n'serais toi-même en pareil cas.
Ah! mon ami, je crois qu'il a raison.
BAZILE
Et Caroline , pourquoi qu'a n'y va pas aussi ? La jeunesse plaît toujours , et , tenez , quand on est jolie et qu'on sait tourner un compliment , on n'est pas en peine de s'tirer d'affaire.
CAROLINE
Si je pouvais pénétrer jusqu'à lui....
BAZILE
C'est ben aisé.
CAROLINK.
S'il pouvait m'en tendre....
BAZILE
Faudra ben qu'i vous écoute. J'irous devant, et je vous annoncerons.
CHARLES
Quoi, Bazile!..