ACTE III, SCÈNE III
Cet honnête homme vous trompe; il est mon ami, ce mot explique sa conduite : c'est moi qui suis la yictime désignée.
CA^ROLIir E.
Tu ne me quitteras pas. Si mon sacrifice devient inutile, je retire ma parole, et je ne connais plus que mon époux. C'est lui que je tiens , que je serre dans mes bras , et je ne vous le rendrai qu'avec mon dernier soupir.
l'exempt.
Madame, votre situation m'intéresse; je voudrais pouvoir l'adoucir. .
CAROLINE
Vous en êtes le maître. [Montrant Bazile.) Ce galant homme vous en a offert les moyens.
l'exempt.
Je ne puis m'y prêter sans trahir mon devoir. Marchez, monsieur.
CHARLES
Si je n'écoutais que ma haine du despotisme, que l'horreur que doivent inspirer ses suppôts, j'aurais déjà vengé sur vous , et les violences que vous avez commises, et celle que vous venez consommer. Si l'ordre que vous me signifiez n'avait l'aveu de mon père, de ce père cruel qui n'embrassait son fils que pour mieux l'assassiner, et que je respecte encore au moment oii il m'ôte plus que la vie, oui, ou le désespoir terminerait ma carrière, ou j'échapperais à l'oppression... Que dis-je? Eh! pourquoi présenter une tête innocente au coup que l'on vient me por-
ter? Pourquoi trahir, par une lâche obéissance, la société blessée dans un de ses membres, et ma famille dont je suis l'unique support? Je me défendrai, n'en doutez pas ; et si je succombe sous le nombre, j'aurai vécu et je serai mort libre.
l'exempt.
Marchez , vous dis-je.
BA.ZILE,ba8à Charles.
Faut-il toucher?
( Charles le retient. ) CAROLINE, serrant son mari dans ses bras.
Vous ne l'aurez pas... vous ne l'aurez pas.
CHARLES, se débarrassant des bras de sa femme.
Non, VOUS ne m'aurez pas.
l'exempt.
J'ai ordre*, monsieur, d'éviter l'éclat; mais je dois employer la force si j'éprouve de la résistance. Je serais au désespoir d'être obligé de rassembler mes gens.
Vos gens!.... Vos gens!....
CAROLINE
Qu'ils viennent.... qu'ils voient mon état, mon désespoir; et s'ils y sont insensibles, qu'ils ajoutent à leurs forfaits l'assassinat d'une femme. Ils n'ont que ce moyen de l'arracher à ma tendresse. Votre ordre affreux vous autorise -t- il à répandre mon sang? Frappez, délivrez -moi, d'un seul coup, et de moimême, et de mon amour , et de l'horreur que vous