SCENE III
DUPONT
Depuis sept ans, madame.
AMIÉLIE.
Et nous l'ignorons tous !
DUPONT
J'ai craint d'ouvrir mon ame Au maître que je sers depuis plus de vingt ans. Je n'en aurais reçu que des refus constans ; Il aurait condamné mon choix et ma tendresse. De céder à mon cœur , hélas ! j'eus la faiblesse.
Â.MËLIE.
Vous en repentez- vous ?
DUPONT
Je m'en repentirais, Si , depuis notre hymen , nos deux cœurs satisfaits Avaient eu quelqu'instant de mésintelligence. Notre amour s'est accru dans l'ombre et le silence ; Le temps, comme l'éclair, s'est écoulé pour nous. Et le jour qui renaît est toujours le plus doux.
AMELIE.
Quels sont donc vos chagrins?
DUPONT
Je suis dans l'indigence....
J'ai combattu long-temps, cédant à l'espérance De pouvoir surmonter un destin rigoureux ; Mais vous seule aujourd'hui pouvez me rendre heureux. Au moment où je parle, un barbare, peut-être.... Pardon , de ma douleur je ne suis pas le maître.... Peut-être en ce moment je suis exécuté. Si d'un frivol espoir je ne suis pas flatté ,
Vous daignerez parler ^
AMELIE.
Il me déchire Tame.
Oui , je vous le promets.
DUPONT
Vous me plaignez, madame- "Voilà bien votre cœur.
AMÉLIE
Mais, vos appointemens....
DUPONT
N'ont pu fournir qu'à peine à nos besoins urgens. Et forcé d'emprunter, on me contraint de rendre.
AMÉLIE
Avez-vous des enfens?
DUPONT
Oui , l'amour le plus tendre * M'a rendu deux fois père , et c'est là mon malheur. La mère et les enfans vivent dans la douleur ; Ils vont manquer de tout, et trop malheureux père. Je n'ai plus que des pleurs à porter à leur mère.
AMELIE.
Ils seront essuyés, et peut-être aujourd'hui Votre sort changera : comptez sur mon appui. Vous faudrait-il beaucoup ?
DUPONT
La somme est assez forte Pour craindre que monsieur ne veuille pas....
AMELIE.
N'importe ; Dites, que vous faut-il?