SCÈNE L
De LIMEUIL, seul.
lliLLE ne revient pas.... déjà la nuit s'avance!...
Je compte les momens , et mon impatience
Appelle en vain l'objet qui règne sur mon cœur.
Son funeste penchant a détruit la douceur
De ces premiers momens dont le souvenir même
Calmerait mes chagrins , si le péril extrême
Où l'expose le jeu ne me désolait pas.
Elle est sage, il est vrai, mais elle a tant d'appas!...
Il est tant de dangers pour l'inexpérience !
Mon épouse au tombeau, je crus que la prudence.
Ma fille encore enfant , mon bonheur personnel ,
ïa6 LA JOUEUSE.
Sur les pas de l'hymen m'entraînaient à l'autel. L'amour fixa mon choix. O toi qui m'es si chère, Je croyais te donner une seconde mère ; . Je me suis bien trompé, je le sens, je le vois.... Mais le devoir, au moins, n'a pas perdu ses droits. J'ose encor l'espérer.... Modère tes alarmes ; Ne préviens pas les coups , et renferme tes larmes , Commande à ta tendresse , époux infortuné j Sers-toi de ton pouvoir.... Combien il est borné, Quand il faut l'exercer sur une épouse aimable Qu'on chérit tendrement...! je m'en trouve incapable. Fatal amour du jeu, dans le plus droit des cœurs Comment ont pénétré tes désirs, tes fureurs? Que deviendront les fruits d'un second hyménée , Si par les passions leur mère est entraînée; Qu'elle s'oublie au point de dissiper leur bien? Pour assurer leur sort, je dois n'épargner rien. Armons -nous de courage, et d'un esprit plus ferme, A ses erreurs enfin osons poser un terme. Sachons dans son principe arrêter le poison , Et par les sentimens la rendre à la raison.