SCÈNE IL
VALENTIN
Hé ben , oui ! ventreguénne ! j'ons de l'humeur , et j'ons raison d'en avoir.
FA.UST1NE.
Et peut-on savoir c'te raison ?
VALENTIN
J'en ons mille. Primo, d'abord, d'puis trois jours, ous n'voulez pus v'nir cueillir la noisette. J'avions tant d'plaisir à vous les trier! j'trouvions si douces celles qui veniont d'vot' main !
FAUSTINE
Ous savez ben qu'c'est par prudence, monsieur Fquerelleux. J' n' sommes pas encore d'âge à et' mariés, et si nos pères soupçonniont...
V A LEÎfTIiy, avec dépit.
Et quand i' soupçonneriont la vérité! queu mal qu'i' aurait à ça ? Aussi ben , i' n'auront biantôt pus rian à soupçonner. J'ons l'cœur si gonflé qu'il en crève, et on n'cache pas long-temps c'mal-là. La prudence! la prudence! c'est-i' aussi par prudence qu'ous passer, r'passez cent fois, sans nous r'garder tant seulement du coin d'Fœil , et qu'ous dormez tranquillement, tandis que j'nous morfondons à vot' porte ? On s'réveille , entendez - vous , mamselle , on s'réveille , surtout quand les pères dormont. Amour et repos n'marchont pas de compagnie. Je vaillons, sans nous en apercevoir; j' pensons à vous, ça occupe; j'vous rêvons telle qu'ous devriez être, et ça fait plaisir....
190 LES SABOTIERS
Hé bien ! voyez si aile parlera , si a' s'excusera , si a' m'apaisera. J' n demandons pourtant pas mieux qu' d'êf apaisé; c'est ben visib',ça... a' n'sonneramot... et j' n'crierions pas ! oh ! qu' si fait j'crierons , et d'eune fîare manière encore.
FAUSTIT^E.
Valentin, Valentin, j' prendrons not' parti.
VALEIfTIW.
Et qu'eu parti qu'ous prendrez , voyons mamselle ?
FAUSTIIYE.
J'vous oublierons.
VALEÎfTIN.
Ous vous corrigerez.
FAUSTIPfE.
J'vous oublierons , que j'vous dis.
VALEIfTIN.
Ça ne se peut pas. Oublier ce qu'on aime ! on oublierait putot de boire et de manger.
DUO
FAUSTINE
Oui , je romprai , j'en jure ; Je t/abandonnerai.
VALENTIN
Si tu fais ça, j't' assure Qu'à l'instant je mourrai.
FATJSTINE.
Qu'en pourra-t-on conclure ?
Toi seul auras eu tort.