SCÈNE XI
DUNOIR, URSULE, CHRYSOSTOME, Dame CÂTHERIINE.
Quels cris ! quel tapage ! Se conduit-on ainsi dans une maison honnête ?
DU]>roiR.
Maison infernale , ou je voudrais n'être jamais entré !
CATHERINE
Eh! sortez -en, Monsieur, et ne nous rompez pas la tête.
DUNOIR.
La mienne s'est ouverte comme celle de Minerve (i); elle a enfanté des chefs-d'œuvre; un instant a tout détruit. {Parcourant le théâtre.) Au voleur ! au voleur ! au voleur !
CATHERINE
Quels contes à dormir debout venez-vous me faire ?
DUNOIR.
Des contes , madame , des contes ! J'avais des vers , je n'en ai plus, et votre fille m'a dit :
Que l'enfer déchaîné s'était logé chez vous. Peut-on être frappé de plus sensibles coups ?
(i) M. Dunoir ne sait pas plus la mythologie que le grec.
CA.THERI]YE, à Ursule.
Ah ! tu déshonores ma maison , tu en chasses les chalands ; tu veux ruiner ta mère ! Homicide ! matricide !
D U N O I R , s'écriant.
Matricide n'est pas français.
CHRYSOSTOME
La langue s'enrichit tous les jours.
CATHERIIYE, voulant frapper Ursule.
Tu me le paieras, tu me le paieras.
(Chrysostôme se jette entre elles.) T> U JY O I R , retenant Catherine.
Cette façon d'agir me paraît un peu dure, Et ce n'est pas ainsi que parle la nature.
CHRYSOSTOME
Laissons tout cela. Dunoir.) L'enfer a-t-il au moins respecté votre portefeuille?
DUNOIR.
Le voilà. Il m'a laissé des mandats : ils sont écrits en prose,
CHRYSOSTOME
Eh bien ! buvez un coup : cela vous consolera.
DUIYOIR.
C'est ce que je peux faire de mieux. Mais mes vers, mes vers...
Enfans trop accomplis d'une verve féconde , Dont la gloire immortelle allait remplir le monde.