SCÈNE XV
CATHERINE
Eh! par grâce, messieurs...
SANS-CHAGRIN, après les avoir séparés.
Qu'on se remette à table, qu'on se taise, et qu'on mange.
DU NOIR, entre ses dents.
Rimailleur !
SANS - CHAGRIN
Paix.
L A Q U I N T E , entre ses dents.
Musicien barbare!
s ANS - CHAGRIN.
Paix, paix.
PÈRE JEAN, s écriant.
Et le souper !
SOEUR THÉRÈSE, se tournant vers les tables.
Et le souper !
SANâ-CHAGRIN, étonné , les regardant.
Comment, le souper!
LAQUINTE.
Il a disparu , le souper.
DUWOIR.
Le diable l'a emporté avec mes vers.
( On entend un bruit sourd. ) SANS - CHAGRIN.
Dites donc, la mère, qu'est-ce que tout cela signifie ?
Jîélas! mes bons messieurs, je ne peux plus le dis-
:î68 L'ESPRIT FOLLET.
simuler davantage , le diable s'est emparé de ma maison.
LAQUINTE.
Le diable!
PÈKE JEAN.
Comment, le diable?
DUNOIR.
Eh oui, le diable.
( Le bruit redouble. ) SOEUR THÉRÈSE^ se serrant contre le père Jean.
Bonté divine ! Si nous avions seulement le capuchon de saint Antoine , ou l'orteil de saint Pancrace !
PERE JEAIV.
A défaut de reliques, je vais exorciser.
SANS-CHAGRIN
Le diable vous fait peur ! Qu'il paraisse , corbleu ! mes exorcismes sont au bout de mon sabre , et je lui coupe les deux oreilles.
CATHERINE, effrayée , hors d'elle.
Monsieur le soldat, monsieur le soldat, taisez-vous, je vous en conjure. Vous allez ameuter contre moi tous les esprits infernaux.
SANS-CHAGRIN, le sabre à la main.
Allons donc , monsieur l'esprit, allons donc; c'est trop te faire attendre.
( Des pétards partent dans le fond du théâtre. Chacun s'enfuit en poussant un cri de frayeur , hors Sans-Chagrin , qui demeure dans une attitude imposante. )