MADEMOISELLE ROND ON
Quelle patience il faut que j'aie pour avoir demeuré quarante ans avec vous !
HERMAGNE.
Il ne m'en a pas fallu, n'est-ce pas, pour supporter vos tracasseries continuelles ?
MADEMOISELLE RONDON.
Est-ce vous tracasser, que vous dire que vous auriez pu faire avancer votre voiture jusqu'ici?
HERMAGNE.
En faisant abattre un pan de muraille, ou en faisant un circuit d'une lieue.
MADEMOISELLE RONDON.
On en fait deux, s'il le faut, monsieur le raisonneur, et on arrive commodément et décemment. Une femme de charge , qui vient pour la première fois dans un domaine de madame Blumenthal, et qui se présente à pied, toute en eau, et dans un désordre à faire reculer! C'est épouvantable. Mais, laissons cela, et revenons à nos affaires.
HERMAGNE.
C'est ce que nous pouvons faire de mieux.
MADEMOISELLE RONDON.
Une maison nouvellement achetée, 011 on arrive aujourd'hui; deux domestiques de confiance qu'on charge des détails , et qu'on fait partir de la dernière couchée , seulement deux heures d'avance ; l'ordre
précis de tenir tout prêt , pour le moment de l'arrivée!... Il y a de quoi perdre la tête.
HERMAGNE.
Pas du tout, pas du tout. Le général Holbourg n'est-il pas ici ?
MADEMOISELLE RONDON.
Après ? Croyez-vous qu'un général prussien se soit beaucoup occupé de ce qui peut être agréable à des femmes ?
HERMAGNE.
Nous nous en occuperons, nous. La maison est meublée ?
MADEMOISELLE RONDON.
Il serait temps d'y penser, n'est-ce pas? (^A part. ) Docteur !
HERMAGNE.
De quoi s'agit-il ? de reconnaître les appartemens , les jardins : tout cela n'est ni long ni difficile.
MADEMOISELLE RONDON, s'asséyant sur le banc.
Vous croyez cela? Vous vous imaginez qu'après avoir traversé ce parc , j'irai trotter de chambre en chambre, sans avoir pris seulement un petit bouillon? Non, monsieur, non. Je reste ici ; je m'y repose avec plaisir. Ce bosquet est charmant ; ma pauvre petite y viendra souvent, j'en suis sûre. Mais, allez donc, Hermagne, allez donc.
HERMAGNE.
Nous avons du temps pour tout. Madame RIumenthal sera bientôt arrangée , et nous aussi.