ACTE III, SCÈNE VIL
H E R C I D E , ôtant son masque.
Oui, j'ai gagné un noir, j'ai pris ses habits, j'ai traversé ces pérystiles qu'éclairent cent flambeaux ; j'ai percé à travers cette foule d'esclaves, qui célèbrent bassement le triomphe insolent d'un maître; tous les yeux sont fixés sur toi , la fuite est impossible ; le barbare va te posséder, et moi je vais mourir!
AT ALI DE, suppliante.
Hercide, mon cher Hercide!
HERCIDE.
Mon sort est arrêté. Cette Pirrha, cette femme cruelle...
ATALIDE
Sais-tu à quel prix elle met son silence ? sais-tu ce qu'elle exige de toi?
HERCIDE.
Je connais son amour insensé ; le reste n'est pas difficile à prévoir. Mais , je ne rachèterai pas mes jours odieux au prix de mon infamie.
ATALIDE
Voilà ce que je redoutais.
HERCIDE.
Dans ses transports jaloux, elle me nommera au bâcha, qui épuisera sur moi sa vengeance... Il faut finir; je finirai..... mais, en homme supérieur aux évènemens, en homme digne d'Atalide.
ATALIDE
Et cette Atalide , qui a tout fait pour te sauver , qui perd le fruit du plus amer sacrifice crois -tu
538 LA LANTERNE MAGIQUE, qu'elle veuille te survivre? crois -tu qu'elle balance à s'unir avec toi dans la nuit du tombeau ?
HERCIDE, d'un ton sombre.
Je n'exige, je ne demande rien.
AT A LIDE.
Je vais au-devant de tes vœux.
HERCIDE.
De mes vœux !
AT AL IDE
Ton cœur se brise à la seule idée de me voir en la puissance d'un autre.
HERCIDE, du ton d'un morne désespoir.
Ah ! cette idée est affreuse.
ATALIDE
La mort est le dernier asyle des amans infortunés.
HERCIDE.
Et tu aurais l'affreux courage de la recevoir !
Je t'épargnerai l'effort de me la donner.
HERCIDE.
Tu le crois ?
ATALIDE
Me ferais-tu l'injure d'en douter ?