SCÈNE XL ATALIDE, NADIR, ALL
NADIR, descendant la scène.
Et toi , toi ! que j'ai tant aimée ; pour qui j'ai oublié et mon rang et nos usages ; dont je n'ai pas dédaigné l'obscurité et la misère; toi^ enfin, qui as payé mes bienfaits par la plus noire ingratitude, par la plus coupable perfidie, que diras-tu qui puisse atténuer ce forfait ?
ATA.LIDE.
Que feras-tu pour effacer le tien? Monstre! tu envoies au supplice un homme, dont le seul crime est de m'aimer, que mon infortune a conduit à Damas, et que le hasard t'a livré. Je l'adorais... Une femme , une furie à suspendu le glaive sur sa tête. Pour l'en détourner, éperdue, égarée, j'allais t'ouvrir mes bras, je me jetais dans les tiens... Sa mort me rend à moi-même. N'espère plus rien de moi. Je te voue une haine implacable, éternelle. Puisses-tu toujours aimer sans jamais être heureux! Puissent les objets divers de tes atroces désirs frémir d'horreur à ton approche , et répondre à tes soupirs par des imprécations! Périssent tes grandeurs et ta funeste autorité ! Puisses-tu , déchu de ton rang , oublié , aviU , détesté , être poursuivi , sans relâche , par l'ombre menaçante de mon amant ! Puisse enfin ton cœur froissé, meurtri, déchiré, éprouver à son tour les tourmens qui dévorent le mien.
( Elle chancelle. )
NADIR
Je ne me connais plus. Ma rage est à son comble... Je brûle de l'immoler, et mon lâche cœur me parle encore pour elle. Elle chancelle, elle tombe!... (7/ court a elle et la soutient. ) La mort se peint dans tous ses traits... ( // sent le poignard,^ Un fer.... quel sinistre dessein!... (// déchire le haut de sa tunique , et retire le poignard. On voit un portrait en médaillon pendu au cou d'Atalide. ) Un portrait ! (// le Jixe.) Est-il possible? Ciel! (// le détache, et en se leç^ant.) Quel hasard! quel prodige!... !(// retourne a Atalide, qui revient a elle.^ Atalide, Atalide , revenez à vous , ouvrez les yeux , parlez , répondez. Ce portrait!...
ATALIDE, s'écriant autant que le permet sa faiblesse.
Rendez-le-moi , c'est celui de mon père.
IVADIR.
Son père ! son père!.. Dieu tout-puissant! {A Ali.) Ne perds pas un moment. Arrache ce jeune homme au supplice. Cours, vole. Tu me réponds de sa vie sur ta tête.