FORVILLE, DERVAL
DERVAL
Elle est charmante , cette fille-là.
FORVILLE
Etourdi ! que penserait ta femme , si elle te voyait ?
DERVAL
Ma foi, mon ami, toute fille un peu jolie à droit aux hommages d'un officier français. Un baiser pris sans conséquence n'est pas une infidélité , et il n'est pas défendu d'adoucir un peu les tourmens de l'absence.
FORVILLE
Fripon, je te soupçonne des moyens sûrs de les oublier.
DERVAL, tendrement.
Et cependant, j'aime ma femme je l'aime... tu
le sais... {^Avec dépit, ) Ce maudit homme! n'avoir pas seulement deux chevaux à nous donner!... Tiens, laissons ici nos équipages , et gagnons la première poste en nous promenant.
FORVILLE
Et ta blessure?
DERVAE.
Ma blessure! c'est bien la peine de penser à cela.
FORVILLE
Tu as cependant de bonnes raisons de t'en souvenir. Un brevet de lieutenant-colonel, la terre d'Ericourt. ,
Oh! sous ce rapport, tu as raison. Il est certain que le maréchal m'a servi chaudement.
FORVILLE
Et madame Derval sait-elle tout cela?
DERVAL
Elle sait que j'ai pris un drapeau; mais, je lui ai caché ma blessure pour ne pas l'inquiéter, et je n'ai rien dit de la terre d'Éricourt, pour avoir le plaisir de lui annoncer moi-même cette nouvelle faveur... Et pas de chevaux, pas de chevaux!., je suis d'une impatience... Sais- tu que pour peu que ma femme ait une figure supportable, je serai l'homme du monde le plus heureux : elle ne m'a pas écrit une lettre qui ne mérite les honneurs de l'impression.... Et se voir arrêté à six lieues de Paris! Tu les a lues ces
SCÈNE XIV. 573 lettres, et tu crains de marcher un peu , pour voir plutôt celle qui les a écrites !
FORYILLE.
Je veux qu'en arrivant à Paris tu n'aies que le cœur de malade.
DERVAL
C'est ton dernier mot ? *
Absolument.
DERVAL
Je partirai seul.
FORVILLE
Je te le défends.
DERVAL, sortant vivement
Raison de pins...
FORVILLE
Derval, Déricourt, reste, je t'en prie ; je le demande au nom de l'amitié.
DERVAL, revenant et avec dépit.
Ce chien d'homme-là fait de moi ce qu'il veut. 1^ Appelant. ) Holkl Y 3imï.