‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 42 sur 441 · ACTE n, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE IX

Z A MÉ

Bon ami , c'est Zamé qui te parle.

TÉLÉM AQUE.

Zamé ! Zamé ! . . . c'est toi qui m'as perdu. Sans ce cruel amour, je vivrais sans bonheur, mais sans craintes... Maudit soit à jamais le premier jour où je t'ai vue : il a empoisonné ma vie... Tu pleures! pardon, pardon. ... Je suis un malheureux ; je t'assassine à mon tour. Pardon, pardon !

ZAMÉ

Bon ami, je ne pleure pas de tes reproches, je pleure sur l'état où je te vois.

TÉLÉMAQUE

Ce Barthélemi , qui compte pour rien un fleuve de larmes , et qui est à genoux devant une once d'or ; ce Barthélemi t'arracherait de mes bras pour te livrer à un blanc!... Bientôt, sans doute, un nouvel émissaire de ce jeune homme... Quel est-il ? où t'a-t-il vue ? comment ose - 1 - il prétendre ... Ah ! Beauval , Beauval, tu m'avais flatté... et tu nous abandonnes, et tu ne viens pas prendre ta part du fardeau qui m'accable.

ZAMÉ

Tu n'as donc plus pitié de moi ? tu veux donc que je meure de ta peine ?

TÉLÉMAQUE

Meurs, meurs, si tu en as le courage; ton amant est prêt à te suivre. Mais, te laisser au pouvoir d'un

blanc, dont les lâches désirs... Emporter au tombeau cette idée insupportable ! non ; ce serait un supplice plus affreux encore que ma déplorable existence.

ZAMÉ

Bon ami , ne m'insulte pas. Hé ! que me fait cet homme ? Il n'en est qu'un pour moi dans toute la nature.

Aveugle que tu es, ouvre les yeux. Tu peux disposer de ton cœur; le reste n'est plus à toi... Combats, privations, sacrifices qui m'avez tant coûté, seriez-vous perdus pour l'amour?... Et ce serait un blauQ..... il souillerait des trésors!... Non, non; quoi qu'il en arrive, je ne résiste plus. (^11 V entraîne vers sa case, ) Viens, viens, suis-moi. i^S' éloignant d'elle ai^ec effroi, ) Arrête , malheureux ! Hé ! n'est - il pas assez d'esclaves!

ZAMÉ, tremblante.

C'est fait de moi. Tous les noirs sont retournés au travail. C'est fait de moi.

TÉLÉMAQUE, dans le plus grand désordre.

Ciel! et le dernier qui se rend au travail est toujours puni cruellement... et l'atroce Mathieu qui n'attend qu'un prétexte... Eloigne -toi, dérobe -toi à ses recherches. ( La poussant dehors, ) Je cours chercher Beauval; il t'épargnera le châtiment cruel qui t'est sans doute réservé.

( L'économe , qui observait Zamé , du haut des rochers , descend avec le commandeur , et sort du même côté que Zamé. )

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