‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 69 sur 441 · ACTE IV, SCÈNE V. ji · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. ji

BEAUVAL PÈRE

Zamél Les noirs sont ici; tout est fini pour moi.

Z AMÉ

Malheureux, que voulez-vous? que cherchez-vous?

BEAUVAL PÈRE

Je n'attends plus que la mort.

ZAMÉ

Elle est inévitable.

BEAUVAL PÈRE

Je la recevrai du moins avec résignation.

ZAMÉ

Épargnez -moi cet horrible spectacle. Fuyez, au nom de Dieu, fuyez.

BEAUVAL PÈRE

où fuir? quel chemin prendre?

ZAMÉ

Je m'égare... je m'égare! La fuite est impossible; il n'y faut pas penser.

BEAUVAL PÈRE, accablé.

C'est donc ici qu'il faut mourir. Qu'ils viennent, je les attends. Je baisse la tête, je ferme les yeux, et je reçois le coup fatal sans me défendre, sans me plaindre... .T'ai mérité mon sort! j'ai mérité mon sort î

ZAMÉ, vivement.

Tu es capable de remords!

BEAUVAL PÈRE

Hélas! c'est tout ce qui me reste.

iï6 LE BLANC ET LE NOIR.

ZAMÉ

Ce mot répare tout : tu mérites de vivre.

BEAUVAL PERE

Et c'est toi qui me tiens ce langage ! Tu ne me livres pas!

Z AMÉ

Tu es homme , tu es malheureux , tu es sacré pour moi.

BEAUVAL PÈRE, navré.

J'ai fait couler ton sang.

ZAMÉ

Je sauverai le tien. Je m'expose sans doute; mais je fais une bonne action, je le sens à mon cœur.

BEAUVAL PÈRE

Sensibilité, bienfaisance, générosité, tout ce qui honore les hommes, tu le réunis en toi. Tant de grandeur m'accable , tant de vertu me confond.

ZAMÉ

Je sais aimer, je ne sais point haïr. Mais ne perdons pas un temps précieux. Si tu étais découvert, rien ne pourrait te sauver. Suis -moi. Cette caverne va te cacher à tous les yeux : j'en éloignerai Télémaque. Cette nuit, je t'en sors en silence, je te conduis, je trompe nos sentinelles, je ne te quitte pas que tu ne sois hors d'atteinte.

BEAUVALPÈRE.

Je m'abandonne à toi. Mais , dis-moi , qu'est devenu mon fils? Ah! rassure un trop malheureux père.

ACTE IV, SCÈNE VL 117 Ont-ils épargné sa jeunesse ? m'ont-ils oté plus que la vie? De grâce, réponds-moi. Où est mon fils?

Z A.M É , l'entraînant vers la caverne.

Il est ici; il soulage l'humanité; il jouit de ses bienfaits.

BEA UVAL PÈRE.

Il vous est cher encore ! Qui donc a-t-il combattu ?

ZAMÉ

Hé ! pouvait-il combattre ? a-t-il des ennemis ?

BEAU VAL PÈRE

Il a respecté son père! Ah! combien je me sens soulagé !

ZAMÉ, l'entraînant.

Suis-moi, suis-moi donc... Veux-tu que je te voie mourir. {Le poussant dans la caverne^ Sois immobile, silencieux et confiant.

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