‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 72 sur 441 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ZAMÉ, NÈGRES, TÉLÉMAQUE traînant après lui

BEAUYAL PÈRE.

TÉLÉMAQUE , envisageant Beauval père.

C'est lui ! c'est lui !

ZAMÉ

Je succombe... je me meurs.

TÉLÉMAQUE, avec une joie féroce.

Te voilà donc en mon pouvoir! ton supplice va commencer. Je vais en repaître mes yeux. Il sera long , il sera cruel comme toi. Tu demanderas la mort comme un bienfait, tu ne l'obtiendras ^di'è.{y4 Zamé.) Toi, que j'ai tant aimée, que, malgré ma fureur, j'idolâtre peut - être encore , tu trahissais tes frères , ton époux, ta patrie ! Je combattrai mon indigne amour. Si je ne peux l'étouffer, je le réduirai au silence. J'en mourrai, je le sens; mais , j'aurai été juste envers tout le monde».. Elle ne m'entend plus : ses yeux se ferment, son ame l'abandonne. {Jl Beaui^al père.) Yois l'état oii l'a réduite sa coupable pitié. Bourreau de mon épouse , tu l'assassines une seconde fois.

BEAU VAL PÈRE, avec calme et dignité.

Venge -toi sur moi seul, ménage cette infortunée. Le hasard a tout fait ; elle est innocente.

TÉLÉMAQUE , ivre de joie, aux nègre^-

Mes amis, entendez- vous ?... elle n'est pas coupable... Non, elle n'est pas coupable. Le crime lui sera toujours étranger.

Z A M É , revenant à elle.

J'ai voulu t'en épargner un.

BEA UVAL PÈRE, à Télémaque.

Qu'ordonnes-tu ?

TÉLÉMAQUE

La mort.

BEAUVAL PÈRE

Je t'aurais cru capable de pardonner.

TÉLÉMAQUE

Pardonnas -tu jamais? i^Aux nègres.) A la mort. {Les nègres le saisissent.)

z A M É ^vec la plus grande force.

Arrêtez, arrêtez. {A Télémaque.) Tu parlais de vertu, et tu vas massacrer le père de ton ami! Tu invoquais l'amour; tu ne le connus jamais : jamais ce sentiment ne s'allia à la férocité , jamais il ne résista au cri de la douleur. Rugis, malheureux, ravage, détruis, égorge, et ne me parle plus d'aimer. Tu me menaces d'un entier abandon. Ah ! fuis dans le fond d'un désert; laisse - moi seule avec mon innocence. Toi, tu reposerais sur mon sein, souillé du sang d'un

ACTE IV, SCÈNE IX. 121 homme qui t'implore, qui n'est plus à craindre, et pour qui vainement j'aurai demandé grâce ! Non. J'ai applaudi à des exploits nécessaires, je ne pardonnerai pas un lâche assassinat. Va, te dis-je, sois la proie des passions qui te dévorent , des remords qui suivent les forfaits. Le ciel est juste, et tu tomberas un jour victime de tes propres fureurs.

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