SCÈNE I. i3i
LISE
Hé! mais... c'est par là qu'il arrive.
CÉCILE
Il eût dû devancer le jour.
LISE
Je ne dis pas cela, Cécile.
CÉCILE
Hé ! sois donc franche une fois en ta vie. Tu sèches d'impatience.
LISE, d'un ton précieux.
Le terme est fort, ma sœur.
CÉCILE
Cela se peut, mais il est juste. En effet, Bazile est si aimable !
LISE
Tu t'en es aperçue?
CÉCILE
Et toi, friponne, et toi?
LISE, d'un air réservé.
Mais, moi, je l'épouse.
CÉCILE, jouant l'embarras.
Et moi, si je me marie un jour...
LISE
Hé bien?
CÉCILE, se livrant davantage.
Je veux un homme qui lui ressemble. ( montrant sonjront.) Son portrait est là, et l'amour m'en doit la copie.
LISE
Quelles idées à ton âge î
i32 LE PETIT MATELOT.
CÉCILE, jouant la petite femme.
J'ai quatorze ans, ma sœur.
Et, par conséquent, tu es encore loin du terme...
CÉCILE, reprenant sa gaieté.
Pas tant, ma sœur, pas tant. D'ailleurs, il n'est pas défendu de penser à l'avenir. Tiens, je me figure un joli petit espiègle, pas plus haut que cela. (^Elle marque sa taille a^^ec sa main.) Ses cheveux blonds tombent par boucles sur ses épaules ; son œil bleu va à l'ame, et cependant il a de la vivacité; sa démarche est leste, son air assuré...
LISE
Réservé, ma sœur.
CÉCILE
C'est ce que je voulais dire.
LISE
Le portrait de Bazile , enfin.
CÉCILE
La nuance un peu moins foncée : voilà toute la différence.
LISE
Que tu es folle , mon enfant !
CÉCILE
AIR
Ah ! laissez-moi déraisonner , C'est le seul plaisir de mon âge.