SCÈNE V. ï4i
CÉCILE
D'où sortez-vous ?
FULBERT
De la mer.
( Il mange. )
CÉCILE
Oïl allez-vous ?
FULBERT
Je ne vais pas, je reste.
( Il mange. ) CÉCILE.
Vous restez!...
FULBERT
Partout où je suis bien.
CÉCILE, à part.
Il n'est pas sot.
FULBERT , à part.
Elle n'est pas mal.
CÉCILE, d'un ton de protection.
Voulez- VOUS me faire la grâce de m'entendre ?
FULBERT, sortant de la tonnelle.
Ce sera sans doute un plaisir.
CÉCILE
Dites-moi , en peu de mots , par quel hasard vous vous trouvez ici ?
FULBERT
Par un hasard fort ordinaire. On s'embarque par un beau temps; le ciel se brouille, les vents tourbillonnent, le vaisseau porte sur des rochers, il s'entr'ouvre , on sait nager , on gagne terre. Il n'y a rien
i42 LE PETIT MATELOT,
là que d'assez commun. On trouve un bon déjeuner, on en profite, c'est naturel; on le doit à un hôtesse charmante, et c'est un surcroît de bonheur.
CÉCILE, à part.
Comme il parle ! quel jeu de physionomie ! {Haut) Voyons les détails. Je ne hais point les détails.
FULBERT
Moi, je les aime beaucoup. Je m'appelle Fulbert, fils du capitaine Sabord, commandant le corsaire V Hirondelle. Surpris , hier, par une brume épaisse et par un calme plat , les courans ont porté le bâtiment vers la côte. Aujourd'hui, à la pointe du jour, nous avons reconnu le danger. Il fallait un vent de terre pour nous en tirer : il était nord-nord-est.
CÉCILE
Enfin...
FULBERT
Le grain est venu, la tempête a suivi. Vous vous en êtes sans doute aperçue?
Oh! elle nous a fait perdre la tête.
FULBERT
Mon père, qui ne la perd jamais, me dit : « Petit Sarpejeu... » Je vous demande pardon; mais, c'est son mot favori.
CÉCILE, minaudaiit.
Fi donc ! c'est épouvantable.
FULBERT
Vous exigez des détails.