‹ Œuvres complètesChapitre 258 sur 414 · ACTE I, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IX

tar elle est fort aimable. Tous deux jeunes, intéressants, sensibles, ils devaient se plaire et se sont plu. Égaré par tes préventions, tu cherches un coupable; mais, comme la très-bien dit un grand homme, entre jeunes gens du même âge il n y a de séducteur que Tamour.

Di;RICOURT.

Tu es tolérant à un point....

BLINVILLIî.

* c'est que je suis raisonnable.

DÉR.ICOURT.

Et je ne le suis pas, n'est-il pas vrai?

BLINVILLE.

Quelquefois, mon ami, quelquefois.

DÉRICOURT.

C'est trop honnête, en vérité. Il est cependant bien naturel de désirer savqir à qui on s'allie , et Julien qui ne connaît pas sa famille

Nous y voilà : toujours les préjugés à la place des principes! Connais-tu un homme plus estimable que Julien.

DÉRICOURT.

Non.

BLINVILLE.

N'cst-il pas,...

DIÉRICOURT, avec impatience.

Il est tout, vous me l'avez déjà dit, honnête, sage, laborieux, intelligent.

BLlirVILLE.

Avec ces qualités, a-t-on besoin de parens? Il y a quelques années, un homme nul se parait encore des vertus de ses ancêtres , et nous admirions un sot décoré d'un grand nom. Bêtise, puérilité [ L'homme que j'admire, moi, n'est pas celui qui brille d'un éclat emprunté; mais celui qui ne doit rien aux autres, et tout à lui -même,, et cet homme, c'est Julien. Tu es tellement pénétré de cette vérité, que tu l'associes à ton commerce, et tu lui refuses Adèle! Toi, bon citoyen^ bon mari, bon père, tu ne rougirais pas de condamner ta fille à dévorer son cœur; à ne voir en toi que l'auteur de ses peines! Tu perdrais son estime, celle de ta femme et la mienne pour de vaines opinionsl Mais je connais mon ami; il ne peut être heureux que du bonheur de sa famille ; il abjurera un moment d'erreur, et couronnera la tendresse de deux enfans , pour qui je ne l'aurai pas vainement imploré.

DERICOURT.

Blinville, je suis ferme; mais sans obstination, et jamais je n'ai résisté à de bonnes raisons. Si je croyais que ma femme approuvât....

BLINVILLE.

Laissons agir Adèle et Julien : l'amour est éloquent. Ils parleront à son cœur , et le cœur d'une mère a tant de plaisir à se rendre!

DERICOURT.

D'ailleurs, elle aime tant cet aimable jeune homme...

Page 1