ACTE III, SCÈNE IL 5Sg
LE CORREGIDOR, avec emphase.
Voilà un triomphe aussi éclatant que celui d'un grand inquisiteur à un auto-dafé.
ROBERT , avec une dignité comiqne.
On m*a avili. Maiijtenant on m'élève aux nues : voilà bien le peuple espagnol. Toujours au-delà du vrai , et ne suivant que l'impulsion du moment ; au reste , je sais convaincre et pardonner. Grand dans les revers , modeste dans la prospérité , je suis également au-dessus des injures et des éloges.
MARGUERITE
C'est ce que vous pouvez faire de mieux.
LE CORRÉGIDOR
Mais , dites-moi , cependant , n'y aurait-il pas un peu de diablerie dans cette aventure ? C'est que vous êtes vraiment un homme incompréhensible , inconcevable, impénétrable, inexplicable.
ROBERT
Eh non! je suis un aventurier, un escroc, un imposteur , un conteur de sornettes , un homme qui insulte à la douleur paternelle, un homme à livrer à la justice.
LE CORRÉGIDOR
Dame , on le disait ; moi , je l'ai cru.
ROBERT, emphatiquement.
Un homme de poids , un homme de génie comme vous , prononcer sur les apparences ! Mais , je vous pardonne comme aux autres. Amnistie générale.
LE GORRÉGIDOR.
Au reste, vous m'avez rendu un service signalé, et je vous en remercie.
C'est trop honnête , en vérité.
MICHEL
Nous ne voulons d'autre récompense que la liberté de sortir à l'instant de la ville.
LE GORREGIDOR.
Ah! c'est trop juste. Sortez, sortez,
LÉONORE
Quoi ! mon père, sans la moindre marque de votre reconnaissance ?
LE GORREGIDOR.
J'ai remercié.
LÉONORE, à demi-voix.
Mais, cela ne suffit pas : un cadeau....
LE GORRÉGIDOR.
Alvar, j'ai remercié, et cela ne suffit pas : chargezvous du cadeau.
A.LVAR.
Oh! bien volontiers.
MARGUERITE, au coiTCgidor.
Voilà comme on fait les bonnes maisons.
LE GORRÉGIDOR.
N'est-ce pas?
ALVAR, mettant une bourse dans la main de Mich.eL
Je ne désire pas vous revoir ; mais , si le sort des armes vous ramène à Urgel , souvenez-vous que vous y avez laissé un ami.