ACTE III, SCENE VI. iSg
CHAMPAGNE, à Dufour.
OÙ est-il le décret qui nous ôte la liberté de changer de domicile ?
DUFOUR
OÙ est celui qui vous autorise à me voler mes diamants ?
G H A M P A G N £ , au commissaire.
Je VOUS prends à témoins, messieurs. Ah! nous sommes des voleurs ! Dommages et intérêts. Monsieur Dufour , nous avons acheté malgré nous , parce que vous nous y avez contraints.
DUfOUR.
Vqws osez
GH AMBAGNE.
Osez-vous me démentir? Nous avons acheté pour trente mille francs , payé moitié comptant , fait pour le re^le de boas effets, que vous avez acceptés, et qui ne sont pas. échus,, et nous sommes des fripoïis!
LE COMlflSSAIRE.
En effet, monsieur IXuibur^ ceci n'est pas clair.
DUFOUR
Ce qu'il dit ne l'est pas; mais n^a plainte est fondée. .
LE COMMISSAIRE
Avez-vous yendu?
DUFOUR
Que trop.
LE COMMISSAIRE
Reçu moitié. ^
i4o CONTRE-TEMPS SUR CONTRE-TEMPS.
DUFOUR
Hé, sans doute.
LE COMMISSAIRE
A.ccepté des effets pour ce qui reste dû ?
DUFOUR
Hé! oui, cent fois oui.
LE COMMISSAIRE
De quoi vous plaignez -vous donc?
DUFOUR
De quoi je me plains? Vend -on à moitié perte, quand on veut faire honneur à ses affaires ?
CHAMPAGNE
Nous voulons nous ruiner : qu'avez-vous à dire ?
DERCOURT, à part.
Que je suis humilié !
LE COMMISSAIRE
Monsieur Dufour , vous ne deviez pas déranger un magistrat, ayant la forme contre vous.
DUFOUR
J'ai la forme contre moi j'ai la forme contre
moi, dans cette affaire, peut-être; mais la forme est en ma faveur pour les quatre mille livres en lettres de change échues. Vous êtes fins , messieurs , mais je le suis autant que vous. Depuis deux jours j'ai sentence en poche , et (^au commissaire ) je vous interpelle, monsieur; arrêtez-moi ces gens-là.
LE COMMISSAIRE
Adressez-vous à un autre : j'ai l'honneur d'être commissaire.