‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 115 sur 630 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

DABINS, ÎMÉLAC pèrk.

MÉLAC PÈRE , le 7'egardant aller.

O respectable ami ! ( A Dabins. ) Qu'avez-vous à m'annoucer de si pressé , monsieur Dabins ?

DABI\S.

Monsieur , c'est avec douleur que je le dis : il n'est plus temps de se taire , il faut tout déclarer. MÉLAC PÈRE , échaxi.ffé.

Qu'est-ce à dire? tout déclarer!

DABINS.

L'affaire est sur le point d'éclater : les apparences vous accusent.

MÉLAC PÈRE

Les apparences ne peuvent inquiéter que celui qui s'est jugé coupable.

DABINS.

Qu'opposerez-vous aux faux jugements, à l'injure, aux clameurs?

MÉLAC PÈRE

Rien : le silence , et la fermeté que donne l'estime de soi-même.

DABINS.

Les biens de votre ami sont suffisants... on prendra des mesm'es...

MÉLAC PÈRE , impatient.

Et, si je dis un mot , il manque demain matin. DABINS , du viême ton.

Et , si vous ne le dites pas , vous êtes perdu c« soir même... Non , je ne puis souffrir... MÉLAC PÈRE , inolemment.

iMonsieur Dabins , souvenez-vous que votre père mourant ne vous a pas vainement recommandé à ma bienfaisance : souvenez-vous que je vous ai élevé; que je vous ai placé chez Aurelly; que mon estime seule vous a valu sa confiance : voulez-vous la perdre, cette estime? et le premier devoir de l'honnête homme n'est-il pas de garder le secret confié ?

DABINS.

Eh , monsieur ! quand la discrétion fait plus de maux qu'elle ne peut en prévenir...

MÉLAC PÈRE

A qui de nous deux appartient le jugement de mes intérêts?... Mais je m'échauffe, et deux mots vous fermeront la bouche. De quoi s'ngit-il en ce

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commun effroi ? De peser les risques de cliacuu , et d'écarter le plus pressant?

DABINS.

Oui, monsieur.

MÉLAC PÈRE

Sj je me préfère à mon ami , quel sera son sort ? La confiance publique dont un négociant est honoré ne souffre pas deux atteintes. Quoi qu'on puisse alléguer, après un défaut de payement , le coup fatal au crédit est porté; c'est un mal sans remède; et , pour Aurelly , c'est la mort.

DABINS.

11 y a tout lieu de le craindre.

MÉLAC PÈRE

Si je me tais, un soupçon tient , il est vrai , mon honneur en souffrance ; mais , à l'aveu d'im service que les grands biens d' Aurelly rendent tout naturel , avec quelque rigueur qu'on me juge , il est même douteux qu'on m'en fasse un reproche. Ayant donc à choisir entre sa perte inévitable et le danger incertain qui me menace, croyez-vous que j'aie pris conseil d'une aveugle amitié , qui pût déshonorer mon jugement? Non, monsieur; j'ai prononcé, comme im tiers l'aurait fait , en préférant , non ce qui me convient , mais ce qui convient aux circonstances ; non ce que je puis , mais ce que je dois. Vous m'avez entendu?

DABINS.

Î^Ionsieur, je me tairai; mais, pour l'exemple des hommes , il faudrait bien que de parails traits...

MÉLAC PÈRE

Laissons la maxime et l'éloge aux oisifs ; faisons notre devoir, le plaisir de l'avoir rempli est le seul prix vraiment digne de l'action. — Que fait mon fils ? j'en suis inquiet. L'avez-vous vu ?

DABIjVS.

Ah ! c'est pour lui surtout que je vous presse ; il a répandu devant moi des larmes si amères , et m'a quitté avec une impatience, un sentiment si douloureux !... Mais quel danger de vous confier à lui? Encouragé par votre exemple , il se calmerait , il vous consolerait.

MÉLAC PÈRE

Me consoler? Mou ami, l' expérience de toute ma vie m'a montré que le courage de renfermer ses peines augmente la force de les repousser ; je me sens déjà plus faible avec vous que dans la solitude. Lh! quel secours tirerais-jc de mon fils? Je crains moins sa douleur que son enthousiasme ; et , si je suis à peine maître de mon secret , connnent contiendrais-je cette .'îme neuve et passionnée;*...

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