‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 124 sur 630 · SAINT-ALBAN, PAULINE · texte numérisé non relu

SAINT-ALBAN, PAULINE

SMNT-ALBAN.

Malheureuse ! à Dieu ne plaise , que je voulusse vous obtenir à ce prix !

PAULINE

Cependant vous abusez de la reconnaissance que je dois à monsieur de IMélac, pour exiger ma main. .

SAINT-ALBAN s'ttSSied.

Faites-moi la grâce de vous souvenir que mon amour n'a pas attendu cet événement pour se déclarer. Vous savez si j'ai souhaité vous devoir à vous-même , à commencer ma recherche par acquérir votre estime. . .

PAULINE

Que vous comptez pour assez peu de chose.

Daignez m'apprendre comment je prouverais mieux le cas que j'en fais.

PAULINE

Le voici, monsieur. Si vous croyez votre honneur engagé de rendre un compte rigoureux à votre compagnie , puis-je estimer un homme qui ne paraît se souvenir de ses devoirs que pour les sacrifier au premier goût qu'il veut satisfaire? Et , si vous avez feint seulement de croire à cette obligation pour vous en prévaloir ici , que penser de celui qui se joue de l'infortune des autres, et fait dépendre l'honneur d'une famille respectable du caprice de l'amour, et des refus d'une jeune fille ?

SAINT-ALBAN , un peu décontoiancé .

Je n'ai à rougir d'aucun oubli de mes devoirs. Mais, en supposant que le désir de vous plaire eût été capable de m'égarer... je l'avouerai , mademoiselle , je n'en attendais pas de vous le premier reproche.

PAULINE

Le premier! vous l'avez reçu de vous-même, lorsque vous avez mis votre silence à prix. SAINT-ALBAN, vivemeiit.

Mon silence ! Quelque importance qu'on y attache, il est prorais sans conditions ; et c'est sans craindre pour vos amis que vous êtes libre de me percer le cœur, en refusant ma main.

PAULINE , fermement.

Peut-être avez-vous cru que j'avais quelque fortune , ou que mon oncle suppléerait. . . SAINT-ALBAN , vivcment.

Pardon , si j'interromps encore ; je me suis déclaré sur ce point. De tous les biens que vous pourriez

que je désire.

PAULINE

Votre générosité , monsieur, excite la mienne ; car il y en a , sans doute , à vous avouer ( quand je pourrais le taire) un motif de refus plus humiUant pour moi que le manque de fortune.

SAINT-ALBAN

Votre père m'a tout dit. ( Pauline parait extrêmement surprise.) Je vous admire, et voici ma réponse. Je suis indépendant : l'amour vous destina ma main , la réflexion en confirme le don , si votre cœur est aussi Ubre que le mien vous est engagé , mais , sur ce pomt seulement , j'ose exiger la plus grande franchise.

PAULINE

Vous agissez si noblement , que le moindre détour serait un crime envers vous : sachez donc mon secret le plus pénible. {Us se lèvent, Pauline soupire, et baisse les yeux. ) Toute ma jeunesse passée avec Mélac ; la même éducation reçue ensemble; une conformité de principes , de talents , de goûts , peutêtre d'infortunes...

SAINT-ALBAN , péniblement.

Vous l'aimez?

PAULINE

C'est le dernier aveu que vous devait ma reconnaissance.

SAINT-ALBAN

A quelle épreuve mettez-vous ma vertu .'

PAULINE

J'ai beaucoup compté sur elle.

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