‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 132 sur 630 · LES DEUX AMIS, ACTE V, SCENE XI · texte numérisé non relu

LES DEUX AMIS, ACTE V, SCENE XI

SAINT- ALBAN

Eh î)ieii , monsieur Aurelly ! puis-je accepter, en payement , le mandat que vous m'offrez ? ittÉLAC PÈRE , avec effroi.

Quel mandat ?

AURELLY, pénétré, à Saint- Alban.

Vous serez satisfait, monsieur : mon premier sentiment lui était bien dû ; le second me rend tout entier à mon malheur.

MÉLAC PÈRE

Vojlà ce que j"ai craint !

AURELLY.

.Te navais à vous offrir, pour mon ami , que des effets qui se trouvent embarrassés : je reprends mon mandat. Votre argent est encore dans ma caisse , et Dieu me garde d'en user! Dabins, reportez-le chez monsieur de Mélac, et moi. . . je vais subir mon sort.

MÉLAC PÈRE

Arrêtez ! je ne le reçois pas.

AURELLY.

Qu'est-ce à dire , Mélac ?

MÉLAC PÈRE

INIalheureu x Dabins ! . . .

AURELLY.

Me croyez- vous assez indigne...

Monsieur de Saint-Alban ! il serait horrible à vous d'abuser d'un secret que vous ne devez qu'à notre confiance. — Non, je jure que l'argent n'y rentrera pas.

AURELLY.

Veux-tu me causer plus de chagrins que tu n"as espéré de m'en épargner ?

MÉLAC FILS , avec ardeur.

Monsieur Aurelly, ne refusez point !

PAULINE

Monsieur de Saint-Alban ! . . .

MÉLAC FILS , à Saint-AlbaH.

Vous aimez la vertu ?

MÉLAC PÈRE

Laisserez- vous périr son plus digne soutien? AURELLY, avec enthousiasme.

Que faites-vous , mes amis ? Pour m'empêcher d'être malheureux, vous devenez tous coupables. Oubliez-vous qu'un excès de générosité vient d'égarer l'homme le plus juste .^ Et s'il eut tort de toucher à cet argent , qui m'excuserait d'oser le retenir ?

MÉLAC PÈRE

Le consentement que nous lui demandons.

AURELLY.

Qu'il se laisse soupçonner? L'amitié t'a rendu capable de cet effort : mais si je n'ai pu, sans crime, accepter ce service de toi , quel nom mérite la séduction que vous employez tous pour l'obtenir de lui ? {A Saint-Alban. ) Vous êtes de sang-froid , monsieur ; jugez-nous.

SAINT-ALBAN

De sang- froid ! Ah ! messieurs ! ô famille respectable ! me croyez-vous une âme insensible , pour l'attaquer avec cette violence? Vous demandez un jugement!...

Et nous jurons de l'accomplir.

SAINT-ALBAN

Il est écrit dans le cœur de tous les gens honnêtes ; permettez seulement que j'y ajoute un mot. — Aurelly, prouvez-moi votre estihie, en m' acceptant pour seul créancier.

AURELLY.

Vous, monsieur!

SAINT-ALBAN

Je l'exige. Et vous , monsieur de Mélac , conservez votre place, honorez-la longtemps. Unissez à votre fds cette jeune personne , qui s'en est rendue si digne en sacrifiant pour vous toute sa fortune.

MÉLAC PÈRE

Ce serait ma plus chère envie. Mon fils l'adore; et, si mon ami ne s'y opposait pas...

AURELLY, confus.

Savez-vous qui elle est ?

MÉLAC PÈRE, avec effusion.

J'aurais bien dû le deviner! le cœur d'un père se trahit mille fois le jour. Elle est ta fille , ta généreuse fille , et je te la demande pour mon fils.

Tu me la demandes ! Ah ! mon ami !

f Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre. ) MÉLAC FILS , à Pauline.

Mon père consent à notre union !

PAULINE

C'est le plus grand de ses bienfaits.

SAINT-ALBAN

Aurelly, rendez-moi votre mandat , je pars ; soyez tranquille. Vos effets de Paris me seront remis promptement , ou je supplée à tout.

AURELLY.

De vos biens ?

SAINT-ALBAN

Puissent-ils être toujours aussi heureusement employés ! Vous m'avez appris comme on jouit de ses sacrifices. En vain je vous admire , si votre exemple ne m'élève pas jusqu'à l'honneur de l'imiter. — Nous compterons à mon retour.

( Chacun exprime son admiration. ) AURELLY, transporté.

Monsieur... je me sens digne d'accepter ce service ; car, à votre place , j'en aurais fait autant. Pressez donc votre retour ; venez marier ces jeunes gens que vous comblez de bienfaits.

MÉL.AC PÈRE

Pourquoi retarder leur bonheur? Unissons-les ce soir même. Eh! quelle joie, mes amis, de penser qu'un jour aussi orageux pour le bonheur n'a pas été tout à fait perdu pour la vertii !

HN DES DEUX AMIS

LE BARBIER DE SÉVILLE

ou

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