‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 167 sur 630 · LE BARBIER DE SEVILLE, ACTE III, SCÈNE H · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SEVILLE, ACTE III, SCÈNE H

BARTHOLO

Ne fût-il qu'incommodé ! Marchez devant , je vous

suis.

LE COMTE , embarrassé.

Monsieur, j'étais chargé... Personne ne peut-il nous entendre ?

BARTHOLO

(.1 part.) C'est quelque fripon. (Haut.) Eh ! non , monsieur le mystérieux ! parlez sans vous troubler, si vous pouvez.

{J part.) Maudit vieillard ! {Haut.) Don Basile m'avait chargé de vous apprendre...

Parlez haut , je suis sourd d'une oreille.

LE COMTE , élevant la voix.

Ah ! volontiers. Que le comte Almaviva , qui restait à la grande place...

BARTHOLO, effrai/é.

Parlez bas , parlez bas.

LE COMTE , plus haut.

... En est délogé ce matin. Comme c'est par moi qu'il a su que le comte Almaviva...

BARTHOLO

Bas ; parlez bas , je vous prie.

LE COMTE , du même ton.

... Était eu cette ville, et que j'ai découvert que la signora Rosine lui a écrit...

BARTHOLO

Lui a écrit ? Mon cher ami , parlez plus bas , je vous en conjure! Tenez, asseyons-nous, et jasons d'amitié. Vous avez découvert, dites -vous, que Rosine. . .

LE COMTE , fièrement.

Assurément. Basile, inquiet pour vous de cette correspondance , m'avait prié de vous montrer sa lettre ; mais la manière dont vous prenez les choses...

BARTHOLO

Eh ! mon Dieu , je les prends bien. Mais ne vous est-il donc pas possible de parler plus bas ^

Vous êtes sourd d'une oreille , avez-vous dit.

Pardon , pardon , seigneur Alonzo , si vous m'avez trouvé méfiant et dur ; mais je suis tellement entouré d'intrigants, de pièges... et puis votre tournure, votre âge, votre air... Pardon, pardon. Eh bien ! vous avez la lettre ?

A la bonne heure sur ce ton , monsieur. Mais je crains qu'on ne soit aux écoutes.

BARTHOLO

Eh ! qui voulez-vous ? tous mes valets sur les dents! Rosine enfermée de fureur! Le diable est entré chez moi. Je vais m'assurer...

(Il va ouvrir doucement la porte de Rosine. )

LE COMTE , à part.

Je me suis enferré de dépit. Garder la lettre à présent ! il faudra m' enfuir : autant vaudrait n'être pas venu... La lui montrer!... Si je puis en prévenir Rosine , la montrer est un coup de maître. BARTHOLO revient sur la pointe du pied. Elle est assise auprès de sa fenêtre , le dos tourné à la porte , occupée à relire une lettre de son cousin l'officier, que j'avais décachetée... Voyons donc la sienne.

LE COMTE lui remet la lettre de Rosine. La voici. {A part.) C'est ma lettre qu'elle relit.

BARTHOLO Ut :

« Depuis que vous m'avez appris votre nom et « votre état. » Ah , la perfide! c'est bien là sa main. LE COMTE , effrayé.

Parlez donc bas à votre tour.

Quelle obligation , mon cher !

Quand tout sera fini , si vous croyez m'en devoir, vous serez le maître. D'après un travail que fait ac tueUement don Basile avec un homme de loi...

BARTHOLO

Avec un homme de loi ! pour mon wiariage ?

Vous aurais-je arrêté sans cela ? Il m'a chargé de vous dire que tout peut être prêt pour demain. Alors , si elle résiste...

BARTHOLO

Elle résistera.

LE COMTE veut reprendre la lettre , Bartholo la serre.

Voilà l'instant où je puis vous servir : nous lui montrerons sa lettre ; et s'il le faut {plus mystérieusement) , j'irai jusqu'à lui dire que je la tiens d'une femme à qui le comte l'a sacrifiée. Vous sentez que le trouble , la honte, le dépit peuvent la porter surle-champ...

BARTHOLO , riant.

De la calomnie! Mon cher ami, je vois bien maintenant que vous venez de la part de Basile ! Mais pour que ceci n'eût pas l'air concerté, ne serait-il pas bon qu'elle vous connût d'avance ? LE COMTE réprime un graiid mouvement de joie.

C'était assez l'avis de don Basile. Mais comment faire .^ il est tard... au peu de temps qui reste...

Je dirai que vous venez en sa place. Ne lui donnerez-vous pas bien une leçon ?

11 n'y a rien que je ne fasse pour vous plaire. INIais prenez garde que toutes ces histoires de maîtres supposés sont de vieilles finesses , des moyens de comédie : si elle va se douter...

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